Jean Boulet

Pourquoi monsieur le ministre?

OPINIONS / Lettre adressée au ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Monsieur le ministre,

Je détiens deux diplômes universitaires, bientôt trois. Et je suis sans emploi. J’ai perdu mon poste de journaliste à la Télévision communautaire Frontenac (TCF), car votre ministère, en raison de mon «statut d’étudiant», refuse d’endosser et de subventionner ma candidature. Monsieur le ministre, éclairez-moi. Pourquoi suis-je inadmissible au programme de subvention salariale d’Emploi Québec?

Je crois en la force et en la constance de mon travail. J’étudie à l’UQAM et je suis un ancien de l’Université de Montréal. Bachelier en histoire (2017), diplômé de deuxième cycle en journalisme (2018), je rédige un mémoire de maîtrise en histoire des relations internationales depuis septembre dernier.

Étudier les sciences humaines et sociales est un privilège. J’ai conscience, monsieur le ministre, qu’il ne s’agit pas d’un parcours professionnalisant. Mes années universitaires, à défaut d’un métier, perfectionnent mes capacités d’analyse et de synthèse, étoffent mes compétences de recherche et de rédaction et enrichissent mes cultures historique et générale. Je mise sur mon avenir, monsieur le ministre: j’acquiers des compétences prisées par le marché de l’emploi, et bien au-delà du secteur de l’enseignement et de la recherche.

Je ne roule pas sur l’or, monsieur le ministre, mais je travaille ardemment. Mon deux et demi répond à mes besoins. Concierge de mon immeuble, je profite même de réductions mensuelles! Je retournerais dans mon Abitibi natale si je tenais à «m’enrichir». Les emplois miniers y regorgent. Je suis persuadé que mes cinq mois passés sur l’échangeur Turcot y seraient estimés.

Je veux qu’une chose, monsieur le ministre: apprendre et obtenir de l’expérience! Pour cette raison, mon directeur de recherche et moi rédigeons des articles pour le magazine français Histoire; pour cette raison, j’écris des recensions pour des périodiques universitaires; pour cette raison, j’additionne les activités de réseautage; pour cette raison, j’alimente une page professionnelle Facebook – Gabriel Poirier, historien; pour cette raison, je participe à des concours boursiers comme celui de la Bourse Fernand-Seguin en journalisme scientifique, dont je suis, sachez-le, l’un des fiers finalistes de l’édition 2019.

Pour cette raison, j’étais heureux d’obtenir un emploi à la TCF, monsieur le ministre. Un soulagement, après six semaines de chômage. «C’est ma chance», me suis-je dit! Un organisme à but non lucratif, et non un média de prestige? Qu’importe. Une expérience reste une expérience.

Que votre ministère rejette ma candidature, seul moyen pour la TCF de rémunérer mon poste, me désappointe, monsieur le ministre. Ils m’ont choisi. Je suis prêt à travailler. Pourquoi nous l’empêcher, au regard de mon «statut d’étudiant en histoire»? Je me sens blessé. Injustement écarté.

Je sais, je sais. Vous n’êtes ni responsable des sous-performances de notre économie, ni responsable de l’affaiblissement global de l’État-providence, ni même responsable des transformations du secteur de l’information et des médias – ou d’autres secteurs comme celui des pâtes et papiers. Sauf que je regrette le tarissement des programmes d’aide à l’emploi. Je regrette qu’ils soient de moins en moins inclusifs.

Je vous tiens pour responsable de l’intransigeance et du laconisme de certains de vos fonctionnaires. Comment, sans même me rencontrer, peuvent-ils évaluer mon dossier? Comment peuvent-ils se prononcer sur la base d’un formulaire? Pourquoi n’ai-je aucun recours? Étudier sérieusement ma candidature révélerait l’absurde, les limites et les lacunes d’un raisonnement administratif. Les exceptions devraient être entendues.

Si vous venez à Montréal, monsieur le ministre, commandez chez St-Hubert. Peut-être livrerai-je votre repas? Je ne m’en plains pas. Mais nous savons tous les deux que je perds mon temps – et que notre collectivité en pâtit.

Gabriel Poirier

Montréal