Pourquoi le gouvernement fédéral refuse de faire de l’argent?

OPINION / Alors que les victimes de la première vague reçoivent enfin leur dû, cette victoire conserve tout de même un goût amer puisque le tout aurait pu se régler bien avant, et avec profit pour le gouvernement fédéral.

Malheureusement, malgré l’ampleur de la crise, les victimes de la pyrrhotite sont d’éternelles victimes du train à grande indifférence du gouvernement fédéral, tous partis confondus. Pourtant, il serait possible de mettre fin à la crise en faisant d’une pierre trois coups!

Premièrement, selon les plus récentes données, malgré le vide abyssal des finances publiques fédérales, le gouvernement Trudeau parvient toujours à obtenir du financement à un taux d’intérêt de moins de 1 %. Considérant que les victimes de la vague 1 ont obtenu un règlement incluant un taux d’intérêt annuel simple se situant entre 5 % et 7 %, c’est donc dire que le gouvernement laisse de l’argent sur la table en laissant choir les victimes de la pyrrhotite. Il n’aurait fallu qu’augmenter à un maximum de 180 000 $ par victime le fonds d’aide, en partenariat avec Québec (et y apporter quelques modifications), ou encore mieux, permettre aux victimes de subroger leurs droits aux gouvernements. Tout cela, sans même prendre en considération le montant de 285 M$ de pénalité imposée à SNC-Lavalin qui aurait dû servir notre cause. Ainsi, en y investissant, c’est l’ensemble de la crise de la pyrrhotite qu’il serait possible de régler rapidement sans même altérer les finances publiques.

Deuxièmement, cela permettrait de planifier et d’ordonnancer à long terme les chantiers, évitant ainsi une surenchère au niveau des coûts. Nous serions donc en mesure de faire baisser la facture pour l’ensemble des victimes qui n’ont pas encore effectué leurs travaux. Rappelons que c’est le manque de liquidités qui peut pousser une victime au bord du gouffre financier; ou au bord du gouffre tout court. J’ai personnellement dû vendre ma maison à perte parce que je n’avais plus les liquidités pour terminer les travaux de terrassement. Ce 10 000 $ à 15 000 $, il est possiblement perdu à jamais. J’en conserve à ce jour une très grande frustration. Cet argent, c’est plusieurs années de cotisations au régime épargne-études de mes filles.

Troisièmement, voilà qui pourrait être un puissant vecteur de relance de l’économie mauricienne à la suite de la pandémie! En stabilisant dans le temps le nombre de chantiers, nous aurions une activité économique récurrente pour plusieurs années. Les victimes pourraient également recommencer à fréquenter restaurants, sorties, etc. Bref, reprendre le contrôle de leur portefeuille.

En conclusion, au moment où les éloges et honneurs devraient fuser de toutes parts pour nos amis de la CAVP, la seule reconnaissance qu’ils obtiennent semble d’être perçus comme des ennemis par certains acteurs politiques plutôt que des partenaires de rigueur et confiance; ce qu’ils sont! C’est abominable. Depuis plus de dix ans, ces bénévoles ont agi en bon père de famille et n’ont pas hésité à laisser leurs temps, vacances et santé sur la table afin d’éviter une crise sociale à la région. S’ils n’étaient pas là, ce seraient les bureaux des élus qui en auraient plein les bras! Il serait à leur avantage d’écouter attentivement les gens de la CAVP.

La fin de la vague 1 apporte un changement de paradigme dans la crise et les victimes des vagues subséquentes s’attendent à obtenir exactement les mêmes réparations, et ce, dans de très courts délais. Le niveau de patience n’est plus le même et un changement de paradigme pourrait très bien survenir au niveau des actions des victimes également; surtout qu’il n’y a aucune logique financière à ne rien faire!

Marc-Olivier Gagné

Victime de la pyrrhotite