Pourquoi abandonne-t-on nos régions?

Il me semble que le sort des régions n’a fait grande différence dans la vie politique du Québec ou du Canada depuis 30 ans. Le présent gouvernement semble y voir une solution pour l’avenir économique du Québec. Encore faut-il avoir que la CAQ développe une vision à long terme qui dépassera le court terme politique de ces prédécesseurs.

La dernière fois que l’on a parlé sérieusement des régions, c’est lors de la création de la loi sur la protection des terres agricoles. Même si elle existe depuis plus de 30 ans, elle n’a pas empêché le développement parfois sauvage de certains promoteurs immobiliers, ni l’étalement urbain, ni le désir narcissique de certains maires de voir «grandir leur ville» et leur fourchette de taxes. C’est plus prestigieux d’être un maire avec des recettes de 120 millions $ que 80 millions $ et au diable une pensée pour l’avenir.

Depuis ce temps, le nombre d’entreprises en région stagne, voir régresse. Le nombre de fermes a fondu comme neige au soleil pour se faire remplacer par des usines robotisées. Depuis les années 20, le mot d’ordre est «déshabiller la campagne pour habiller les villes». Combien d’entreprises installées dans les grandes villes infligent des déplacements d’une, deux ou trois heures par jour pour parcourir 15 km et faire huit heures de travail? Presque toutes! Pas surprenant que tant de familles soient éclatées ou dysfonctionnelles. Elles ont à peine le temps de se dire bonjour, manger, faire les devoirs et dodo. Les enfants ne se connaissent qu’à l’école et par les réseaux sociaux. Pendant toute leur vie de jeunesse, ils ont peu de possibilités d’entretenir des relations d’amitié réelles et solides avec des amis qu’ils peuvent toucher.

Combien d’entreprises ont vraiment besoin d’être installées dans une ville aussi peu accessible pour ses employés et qui place autant de stress sur la famille?

Imaginez ces mêmes entreprises installées en région. Des déplacements d’un ridicule – dix ou vingt minutes, à pied! Des jeunes, et surtout des parents, qui se connaissent, font des activités réelles ensemble et qui partagent leur quotidien.

Mais ce n’est pas le cas car nos entrepreneurs, gouvernants et autres n’ont pas de vision sociétale à long terme et ils veulent être tous à la même place pour profiter de l’effet du plus grand nombre, ou jouer à une version entrepreneuriale du «roi de la montagne». Ce même effet qui fait en sorte que l’on pollue plus, gaspille plus, se fout de nos voisins (on ne les connaît pas) et que l’on peut faire toute sorte de niaiseries dans un anonymat le plus total. Quelle belle vision d’avenir!

Nos régions regorgent de sites de tourisme qui attirent des millions de visiteurs chaque année. La qualité des services, la beauté des lieux, l’accueil des résidents et l’absence de gangs de rues, etc.; pourquoi nos régions n’attirent-elles pas des entrepreneurs?

Souhaitons que ça change et que les mentalités évoluent.

Jacques Marchildon

Saint-Adelphe