Selon l’auteur, il faut revoir le mode de rémunération des médecins spécialistes et le simplifier.

Pour une rémunération plus socialement acceptable

Depuis la mise en œuvre du système public de soins médicaux jusqu’en 2013, les spécialistes du Québec ont eu la rémunération la moins élevée de tout le Canada! Quarante ans de retard qu’ils avaient en ce domaine par rapport à leurs collègues du reste du Canada. En 2003, François Legault estimait cet écart à 40 %. On comprend la nécessité du rattrapage.

C’est pourquoi en 2008, Québec a concédé des augmentations visant à rattraper la moyenne canadienne. Toutefois en 2016, les médecins spécialistes du Québec ont gagné en moyenne 403 537 $, soit 36 000 $ de plus que les spécialistes de l’Ontario (387 807 $). Alors les attaques ont commencé à leur endroit. Pourquoi ne pas les comparer à ceux de l’Île-Prince-Édouard qui reçoivent en moyenne 449 559 $, accusant un surplus de 46 000 $? Plus récemment, l’entente conclue entre Québec et les spécialistes prévoit un nouveau versement de 480 millions $, étalés sur sept ans, dans le but d’accentuer le rattrapage; ce qui bien sûr soulève l’ire de la population.

Mais là où l’on peut pousser le questionnement, c’est sur le mode de rémunération des médecins spécialistes. Regardons un peu la mécanique. Comment mesure-t-on la valeur monétaire d’un acte médical? En fonction du temps, de l’effort exigé? Du degré de spécialisation? Autrement dit, le problème de la rémunération découle du fait qu’il n’y a pas toujours corrélation entre le mode de paiement et la valeur de l’acte de nos jours. Un exemple: la chirurgie de la cataracte qui durait autrefois 45 minutes ne prend aujourd’hui que de 12 à 13 minutes. Le gouvernement et son organisme payeur, la RAMQ, tiennent-ils compte des avancées remarquables de la science et des techniques?

Par ailleurs, la rémunération à l’acte favorise des pratiques «payantes». C’est le cas où une visite est moins payée si le patient revient avant quatre mois, puisqu’il s’agit alors d’un suivi. Alors que s’il revient au bout de quatre mois ou plus, la rencontre est considérée comme une nouvelle consultation, donc payée plus chère. Le médecin pourra aussi ausculter un autre organe sans demande, dans le but de faire passer l’examen au statut d’examen complet, donc plus avantageux, etc.

Et que dire de certaines failles qui ont permis à des médecins «astucieux» de s’enrichir. Je ne remets pas en cause le travail des médecins, mais bien le système de rémunération dans lequel ils travaillent. Par exemple, ne pas travailler le jour, c’est payant. C’est ce qu’un chirurgien de La Sarre en Abitibi qui s’organisait pour travailler le soir et les week-ends bénéficiant ainsi de primes allant de 70 % à 150 %. Il faisait 1,5 million $ par année! Il n’est pas le seul. En 2015, le médecin ayant soumis la facture la plus élevée à la RAMQ est un obstétricien-gynécologue dont la note totale s’élevait à plus de 2,4 millions $. Durant la même année, on dénombrait de fait 174 médecins ayant facturé plus d’un million à la RAMQ.

Soulignons que ce mode de rémunération est de plus en plus critiqué et qu’il est moins utilisé de nos jours dans le reste du Canada (à l’exception de l’Alberta et de la Colombie-Britannique). L’évolution de la rémunération à l’acte a certainement contribué à l’ouverture de ces failles dans le système de rémunération qui occasionnent des erreurs ou permettent la fraude. Rappelons que de 500 codes de facturation différents au début (1970), le système de facturation est passé aujourd’hui à plus de 11 000 actes différents. C’est si complexe que la plupart des quelque 20 000 médecins ne font plus eux-mêmes leur facturation à la RAMQ, mais la confient à des agences spécialisés. Il y en a environ 200 qui leur assurent de démêler et de maximiser leurs revenus en leur sauvant beaucoup d’oublis… et de temps. Bref, ce mode de rémunération peut engendrer une augmentation considérable des dépenses en santé.

Il faut donc revoir tout ce système et le simplifier. Quelle tâche colossale de débroussaillage! Alors pourquoi ne pas étudier l’option d’un salaire fixe en fonction de l’atteinte d’un plancher d’actes chiffrés en temps ou encore opter pour un mode mixte de rémunération?

Roger Greiss

Shawinigan