Mario De Tilly et Jean Lamarche signent ce texte qui brosse un portrait du défi que représente la relance économique de Trois-Rivières.
Mario De Tilly et Jean Lamarche signent ce texte qui brosse un portrait du défi que représente la relance économique de Trois-Rivières.

Pour une relance économique planifiée à la sauce trifluvienne

OPINION / Les auteurs, Jean Lamarche et Mario De Tilly, sont respectivement maire de Trois-Rivières et directeur général d’Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières.

D’abord sanitaire, la crise liée à la COVID-19 a rapidement eu un effet domino sur toute la société, ébranlant nos piliers, tant économiques que sociaux. Les défis sont énormes et les embûches sont nombreuses mais plus que jamais, la collaboration et l’entraide sont les clés pour réussir notre relance.

C’est dans cet esprit que la Ville de Trois-Rivières et son bras économique, Innovation et développement économique Trois-Rivières, ont formé, dès la mi-avril, un comité de relance économique. Composé de représentants des milieux des affaires, touristique et culturel ainsi que d’acteurs du développement économique, ce comité travaille activement sur un plan qui sera annoncé au cours du mois de juin.

Nos entreprises sont actuellement confrontées à des défis auxquels elles n’étaient évidemment pas préparées. Depuis le début de la crise, nous avons entrepris de prendre le pouls de la situation, entre autres en consultant les propriétaires de commerces, les partenaires touristiques, les représentants du milieu culturel ainsi que les entreprises d’économie sociale. Ces rencontres virtuelles servent de carburant aux différentes stratégies qui seront proposées par les membres du comité de relance.

Pour évaluer l’ampleur des dommages sur notre tissu économique, nous avons également réalisé des sondages maison entre le 17 avril et le 17 mai. Une grande partie ont été complétés par questionnaire téléphonique auprès de nos plus importants employeurs des domaines manufacturier et technologique. Au total, 184 entrepreneurs de secteurs variés ont accepté de répondre. L’objectif était d’obtenir le portrait le plus fidèle possible de la situation afin de donner des cibles d’intervention précises à notre comité.

Depuis le début de la crise, 153 (83 %) des 184 entreprises ayant complété le sondage ont subi une diminution de leurs opérations, ce qui démontre l’ampleur du choc. Leurs revenus ont fondu du tiers. Près des trois quarts d’entre elles ont dû procéder à des mises à pied, et quelque 4000 employés ont été affectés, en majorité de façon temporaire, dans ces entreprises seulement. Pour notre ville, qui affichait un taux de chômage de 4,7 % en février, ce revirement de situation a de quoi briser le cœur.

Les données publiées par Statistique Canada confirment la hausse tant redoutée, alors que le taux de chômage a grimpé à 9,8 % en avril, ce qui est tout de même beaucoup moins important que le taux national, qui caracole à 17 % et plus.

Malgré tout, l’orage laisse entrevoir de belles éclaircies. En effet, la majorité des entreprises qui ont répondu au sondage (62 %) ont déjà entrepris différentes actions pour pallier leur baisse de revenus, comme la mise en marché de nouveaux produits et l’adaptation de leur modèle d’affaires.

Encore plus encourageant: bon nombre d’entre elles se disent prêtes à investir, et parfois beaucoup d’argent, et ce, malgré le contexte encore ambigu. Elles ont confiance en la relance et sont bien décidées à y prendre part activement! Ainsi, d’ici les six prochains mois, la moitié (48 %) prévoit investir des sommes parfois substantielles dans leur entreprise, entre autres en équipements, en infrastructures et en recherche et développement. D’ici novembre prochain, 21 d’entre elles planifient même y injecter plus de 1 M$. De façon conservatrice, à court et moyen termes, les entreprises trifluviennes prévoient des investissements de plus de 69 M$, un indicateur tout à fait positif pour la reprise de notre économie!

En considérant également la demande à la hausse pour les permis de construction à la Ville de Trois-Rivières, nous en concluons que la relance n’est pas à venir: elle est déjà enclenchée!

Néanmoins, les secteurs du commerce de détail, l’industrie touristique dans son ensemble et les travailleurs autonomes vivent une situation si non dramatique, fort préoccupante. Au cours des dernières semaines, IDE Trois-Rivières a communiqué avec plus de 500 entrepreneurs. Pour bon nombre d’entre eux, le choc fut brutal et le retour se fera progressivement.

Nous sommes bien conscients que certaines entreprises pourraient ne pas passer à travers, des entrepreneurs qui ont investi temps et argent, et aussi tout leur cœur dans leur projet. C’est dans l’espoir de diminuer l’impact de la crise que l’équipe d’IDE Trois-Rivières s’est investie dès le début pour préparer la relance. Nous n’avons donc ménagé aucun effort en ce contexte extraordinaire. Depuis deux mois, plusieurs membres de l’équipe travaillent plus de 50 heures par semaine, sept jours sur sept, dans l’objectif de faire une différence pour les entrepreneurs touchés. Jusqu’à maintenant, 114 entreprises ont été soutenues via nos différents fonds, pour des aides totalisant plus de 2,84 M$.

La tâche a été colossale et elle le demeurera pendant encore plusieurs semaines, avec plus de 320 dossiers à traiter au total, mais nous y parviendrons, entre autres grâce au coup de main de quelques employés de la Ville de Trois-Rivières, de l’équipe de Fonds Mauricie et d’entreprises privées trifluviennes. Nous terminons actuellement l’analyse des dernières demandes et tout devrait être complété d’ici la mi-juin.

Entre-temps, le comité de relance économique peaufine la stratégie, et nous saluons le dévouement de ses membres. En effet, ces 16 personnes de différents horizons de l’économie travaillent bénévolement à raison de plusieurs heures par semaine. Nous tenons à les remercier sincèrement pour cet engagement personnel, qui prend tout son sens en ces moments aussi critiques.

Dès le début de la crise, nous avons pris le pari que Trois-Rivières mènerait la parade en défrichant son propre chemin, celui qui serait à l’image de ses citoyens et de ses entrepreneurs. Aucun manuel d’instruction n’existe pour relancer une économie lourdement affectée lors une pandémie. Nous sommes à l’écrire en ce moment.