La ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann

Pour une plus grande accessibilité des traitements du lymphœdème secondaire lié au cancer

OPINIONS / L’auteure, Judith Ostiguy, est physiothérapeute au CIUSSS-MCQ. Elle adresse cette lettre à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Madame la Ministre,

Le système de santé du Québec est reconnu pour l’accessibilité, la qualité et la continuité de ses soins. Étant moi-même physiothérapeute dans des services de réadaptation en déficience physique, je suis à même de constater les excellents services qui y sont prodigués ainsi que la collaboration efficace avec les partenaires du réseau.

Récemment, une usagère de notre centre de réadaptation nous a rapporté une situation où, au contraire, des services qui devraient être considérés comme essentiels ne sont pas accessibles au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

En effet, à la suite d’un cancer du sein ayant nécessité une chirurgie, des traitements de chimiothérapie et des traitements de radiothérapie, Madame a développé un lymphœdème secondaire. Le lymphœdème secondaire est une accumulation de liquide lymphatique dans les espaces interstitiels et les tissus sous-cutanés des membres supérieurs et inférieurs causée par l’obstruction ou l’altération de la circulation lymphatique. Cette dame n’est qu’une parmi tant d’autres à souffrir de cette complication qui touche jusqu’à 50 % des femmes ayant reçu des traitements pour un cancer du sein. Comme le mentionne l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS): «En l’absence de prise en charge, le lymphœdème secondaire devient une maladie dégénérative associée à des complications physiques et psychologiques ainsi qu’à une détérioration de la qualité de vie. S’y ajoutent des coûts sociaux, dont l’isolement social et l’incapacité de retourner au travail, ainsi que les coûts financiers des fournitures médicales et des soins».

Le traitement du lymphœdème n’étant pas accessible dans le système de santé publique de notre région, Madame a dû être suivie dans une clinique privée où elle devait débourser environ 200 $ par semaine pour des traitements de drainage lymphatique. Heureusement qu’elle n’a pas eu à débourser entièrement les autres frais reliés aux bandages compressifs et aux vêtements de compression, ceux-ci étant remboursés à 75 % par la RAMQ depuis 2014.

Comment se fait-il, Madame la ministre, que seulement neuf établissements de santé dans l’entièreté de la province de Québec offrent le service de traitement du lymphœdème? Comment se fait-il qu’un Montréalais ait le choix de cinq centres hospitaliers où recevoir gratuitement ses traitements, mais qu’un Trifluvien, un Sherbrookois ou un Rimouskois n’y ait pas accès dans sa région et doive payer l’entièreté de ses traitements ou même s’en passer complètement faute de moyens?

Cela fait presque neuf ans que l’INESSS a émis ses recommandations pour améliorer la prise en charge encore problématique du lymphœdème dans le système de santé publique. Il est temps que les pratiques évoluent. Il est temps que tous les citoyens du Québec aient les mêmes droits, car oui avoir accès à des soins et services essentiels est un droit dans notre belle province.