L’auteure de ce texte considère que de nombreux aînés sont victimes d’abus financiers, notamment en ce qui a trait aux services disponibles dans les résidences pour aînés.

Pour une fin de vie à l’abri des abus

Les dénonciations par les familles et les docteurs publiées en grand nombre dans Le Nouvelliste au sujet des CHSLD m’incitent à remettre en avant-plan le dossier de l’abus financier envers nos aînés dans les résidences privées. Le député de Rimouski, M. Harold Lebel, a répondu à ma lettre du 23 février 2017, en parlant de «maltraitance» financière envers nos aînés. Plusieurs préposés qui sont témoins de la négligence ou de l’abus envers nos aînés dans les résidences n’osent dénoncer par peur de représailles. D’ailleurs, à la suite de mon opinion parue dans Le Nouvelliste le 16 novembre 2016, j’ai eu à subir des représailles complètement infantiles.

L’accès à la résidence de ma défunte mère m’était refusé et le mot d’ordre était de ne pas me remettre en main propre le courrier de ma mère. Ce geste malveillant n’a pas été commis qu’une seule fois et j’ai porté plainte au CIUSSS et au Protecteur du citoyen. Je tiens à souligner le travail remarquable des préposés dans les résidences privées qui suggèrent des méthodes pour améliorer la qualité de vie des résidents et la leur par le fait même, mais les propositions sont souvent refusées.

Quand arrive le temps de collecter l’argent pour des repas, des soins et services non rendus parce que le résident est hospitalisé, les gestionnaires ne se gênent pas pour collecter. La réponse du député Pierre Giguère parue dans Le Nouvelliste le 17 novembre 2016 est un bel exemple de refus de s’engager. M. Giguère considère que le résident qui signe un contrat doit s’y soumettre. Tous les proches qui ont un parent qui réside dans une résidence privée confirment qu’il est tout à fait normal de continuer à payer pour le loyer. Même les proches de certains résidents qui constatent de l’abus n’osent porter plainte de peur que des représailles soient faites envers leur(s) parent(s).

Je vous donne des chiffres afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre la situation d’abus. Par mois, à la résidence privée où demeurait ma défunte mère, voici les prix pour: repas 610 $, collations (un biscuit et un breuvage) 75 $, aide à l’hygiène corporelle 120 $, aide au bain une fois par semaine 40 $, aide à l’habillage (avec un surplus pour le changement de culotte) 75 $, autres (non spécifiés) 40 $, distribution des médicaments 25 $, médicaments (?) 25 $, services d’aide domestique 40 $, buanderie 35 $ et les résidents doivent fournir leur détergent, aide aux déplacements 200 $, dispositif d’alerte de sécurité 100 $ (pour avoir des portes verrouillées et un code pour les ouvrir), assistance pour remplir les formulaires de crédit d’impôt 20 $ par mois alors que le formulaire est complété une fois par année, préposé 155 $, autres (?) 75 $, etc., pour un total de 1755 $ par mois pour l’année 2015. Et depuis, il y a eu plusieurs augmentations.

Qui peut trouver normal qu’un résident hospitalisé qui ne reçoit plus les repas, soins et services à la résidence doive quand même payer? Plusieurs attachés politiques m’ont répondu que ce problème relevait de la Régie du logement. Utopique. Il semblerait que ce sont les dirigeants des résidences privées qui décident des prix des repas, soins et services. Le gouvernement qui décerne un certificat de conformité aux résidences privées devrait faire cesser cet abus. Tout comme le gouvernement a dû s’impliquer auprès des garderies privées lorsqu’il y a eu abus, fraude et non-conformité.

J’ai suggéré aux différents partis politiques que les personnes âgées demeurent chez elles et que les préposés aillent travailler directement chez la personne qui a besoin de soins et recevoir ainsi un meilleur salaire ainsi que les proches aidants devraient obtenir un salaire. Des inspecteurs devraient rencontrer des préposés ailleurs que sur leur lieu de travail et d’anciens préposés qui oseraient déclarer, sans peur de représailles.

Les préposés se dévouent à leur travail mais souvent ils se font ordonner de taire ce qu’ils observent. Un résident qui se blesse en tombant, un début d’incendie, l’administration d’un médicament à la mauvaise personne, etc. Pour les personnes atteintes de démence ou d’Alzheimer, souvent la consigne est de leur administrer des tranquillisants pour avoir la paix. Heureusement, ce ne sont pas toutes les résidences privées qui infligent de tels traitements. Les gros salaires ne devraient pas être distribués aux dirigeants de ces endroits mais aux préposés et infirmières qui se dévouent corps et âme.

Il est temps de faire preuve de solidarité afin d’assurer une belle fin de vie à nos aînés qui le méritent amplement.

Anne-Sylvie Duquette

Saint-Boniface