L’auteur de cette lettre pose plusieurs questions à propos du CIUSSS et de la manière avec laquelle est gérée la crise reliée à la pandémie.
L’auteur de cette lettre pose plusieurs questions à propos du CIUSSS et de la manière avec laquelle est gérée la crise reliée à la pandémie.

Pour une enquête publique sur le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Ce n’est pas facile pour moi d’écrire afin de réclamer une enquête publique sur le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec puisque j’ai collaboré antérieurement avec les versions précédentes de cet organisme. J’y connais aussi nombre de personnes dont le dévouement est rigoureusement incontestable.

Mais au fil des années, des incidents m’ont fait sourciller. Pas tant les incidents eux-mêmes puisqu’ils sont quasi inévitables dans une aussi grosse structure. C’est la réaction du CIUSSS qui, chaque fois, m’a mis mal à l’aise. Je pense à un bénéficiaire abandonné au sol, au décès d’une autre personne à la suite d’une altercation avec un intervenant, sans compter les multiples gestes de désespoir lancés par le personnel infirmier qui a tardé à être entendu. C’est peut-être moi, mais je trouvais que la réponse du CIUSSS manquait d’humanité. Comme si nous devions nous plier à son bon vouloir au lieu de le considérer comme un service public.

Voilà que s’ajoute à cela la crise actuelle. J’utilise le terme «crise» à bon escient puisque tout semble indiquer qu’ici le système de gestion semble ne pas avoir eu le contrôle de la situation. Plusieurs questions se posent. Est-ce la politique de gestion héritée des années Barrette qui est en cause? Je ne sais pas. Les administrateurs ont-ils réalisé des miracles avec ce qu’ils avaient en main? Je ne sais pas. Sommes-nous devant des fanatiques de la méthode Toyota, ceux-là mêmes qui confondent différentiel de voiture et être humain? Je ne sais pas. Que s’est-il donc passé chez les personnes âgées sous la garde de l’État pour qu’ils soient décimés ainsi? Je ne sais pas. Pourquoi avoir refusé l’accès à une journaliste qui voulait s’intégrer dans un centre de soins comme cela s’est fait ailleurs? Je ne sais pas. Suis-je injuste envers les gestionnaires? Je ne peux pas le savoir. La version syndicale est-elle la bonne? Je ne sais toujours pas. Est-ce de la part des syndicats un simple exercice de rapport de force? Je ne sais pas non plus.

Ce que je sais, par contre, est que mettre sur le dos des employés la propagation de la COVID-19 en raison du lavage des mains, c’est une stratégie plus que discutable lorsqu’on pense à l’effort qu’exige un travail de première ligne dans les conditions actuelles. Quand on veut parler à ses employés, on n’utilise pas les médias pour le faire. Après, qu’on ne vienne pas me dire qu’il y a un problème de rétention de personnel; qui voudrait avoir un patron de ce genre?

J’observe aussi que le CIUSSS semble moins pardonner qu’il ne se pardonne à lui-même. Pensons à la rétrogradation de la docteure Janique Dion qui a eu le malheur de donner son avis sur une décision administrative concernant un enjeu de taille. Quand nous sommes rendus à nous demander si l’instance de santé qui devrait nous protéger n’est pas devenue un des principaux vecteurs de la COVID-19 dans la population régionale, ce n’est pas une mince affaire. Une enquête publique est plus que nécessaire.

Il y a eu trop de souffrances chez ceux qui sont morts comme chez ceux qui ont essayé de les sauver et qui tentent toujours d’en sauver d’autres pour que nous n’ayons pas de réponse. Nous n’avons pas besoin d’un bouc émissaire, d’un cadre sacrifié à l’autel de l’opinion publique.

Il nous faut comprendre, réaliser ce dont nous avons besoin et savoir si nous sommes capables de l’obtenir de manière réaliste. Il faut profiter de cette enquête publique pour avoir des réponses, mais aussi pour se parler entre nous.

Raymond Corriveau

Professeur associé au département de Lettres et communication sociale

Université du Québec à Trois-Rivières