Pour protéger les gens que nous aimons

OPINIONS / Je me lave les mains, je me confine à la maison et j’évite les rassemblements parce que sinon plein de gens vont mourir.

Beaucoup de gens vont mourir parce que beaucoup de gens sont déjà morts. Mais ce sont des gens que nous ne connaissions pas, des gens du bout du monde, des Chinois, des Italiens. Nous nous sentions peu concernés, nous étions indifférents.

Ce n’était qu’un mal lointain, exotique, et nous l’avons laissé entrer. Parce que nous aimons voyager et parce que nous sommes accueillants. Mais il est là maintenant, il déjà est rendu parmi nous et il se répand, invisible et impitoyable. Et beaucoup de gens vont mourir. Moins loin de nous, des gens meurent déjà et nous n’avons pas encore pris conscience de l’ampleur du fléau. Car il y a encore peu de gens qui meurent et ce sont des inconnus, des anonymes, des statistiques sur la courbe de croissance.

Plein de gens vont mourir, mais nous n’en prendrons pleinement conscience que lorsque ce se seront des gens que nous aimons et il sera déjà trop tard.

Je me lave les mains parce que sinon plein de gens que j’aime vont mourir. Des gens de ma famille et de ma parenté, des voisins, des gens de mon entourage qui font partie de mon quotidien.

Je me confine à la maison parce que sinon plein de gens que j’aime vont mourir. Des amis, des collègues, des anciens élèves que j’ai vu grandir et qui commencent à peine à se réaliser, des gens qui comptent pour moi.

J’évite les rassemblements parce que sinon plein de gens que j’aime vont mourir. Des convives que j’aime inviter, des camarades qui partagent mes loisirs, des sportifs et des artistes que j’admire.

Beaucoup de gens que nous aimons vont mourir et il aurait été si facile de se laver les mains comme on nous le conseillait.

Plein de gens que nous aimons vont mourir, et il aurait été si simple de rester confiné à la maison.

Plein de gens que nous aimons vont mourir et ils ne seront plus là pour se rassembler avec nous.

Un jour l’orage pendra fin et nous retrouverons le bleu du ciel, mais plein de gens que nous aimons ne seront plus là pour en profiter... et les responsables en seront ces insouciants qui ne réalisent pas encore la gravité de leur comportement.

Jean-Pierre Frigon

Trois-Rivières