L’auteure de ce texte est autiste et mère d’un enfant autiste. Elle dénonce la décision de Walmart Canada de mettre fin au programme d’intégration de personnes déficientes ou autistes.

Pour moi, c’est de la discrimination

Lucila Guerrero est auteure, artiste, cofondatrice d’Aut’Créatifs, un mouvement de personnes autistes. Elle est autiste et mère d’un garçon autiste. Elle réagit ici à la décision de Walmart Canada de mettre fin à son programme d’intégration au travail de personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Walmart dit au revoir à un groupe d’employés.

Ce Vendredi saint, il n’est pas tellement saint.

Anti-saint, je dirais. Anti-sain. Les deux.

Au déjeuner, je lis la déplorable nouvelle. Celle qui me montre d’une façon concrète et puissante comment des valeurs humaines de base ont laissé place à d’autres, plus matériels. Du coup, j’ai mal physiquement dans ma poitrine et dans ma gorge.

J’essaye de m’exprimer. Facebook. Twitter. Une millième fois, ma voix n’est pas assez forte. Elle ne le sera pas encore pour un bout. Bien sûr, c’est la voix de l’autiste. Celle que certains estiment «pas capable».

Ce que Walmart vient de faire avec un groupe d’employés c’est infiniment triste, mais surtout inacceptable, discriminatoire, humiliant, injuste, méprisable, méchant… OK. Les mots me manquent.

Cela touche directement mes luttes. Justement, si je milite pour défendre la neurodiversité c’est pour défendre des valeurs comme l’égalité, l’accessibilité, la participation social et contre la normalisation des gens, le capacitisme, la discrimination et l’exclusion. Je crois profondément que chaque personne peut avoir sa place si on «construit sa niche», tel que les espèces le font dans la nature pour favoriser sa survie. «La niche» serait l’endroit adapté pour qu’une personne puisse vivre de la façon la plus compatible à sa façon d’être.

J’ai l’impression qu’on oublie que nous sommes des individus uniques et qu’on pourrait tous participer socialement si nous avions moins de préjugés. Et plus d’amour à l’humanité.

Mettre dehors un employé en raison de sa façon d’être? En raison de son fonctionnement cognitif? En raison d’avoir été déclaré comme ayant un handicap?

Pour moi, c’est de la discrimination.

«Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap», nous dit la Charte de droits et libertés de la personne dans son article 10.

Comment une compagnie qui s’installe au Québec peut-elle en faire omission?

Humilier publiquement des citoyens.

Leur dire «parce que tu as un handicap, tu n’as pas ta place ici, tu ne conviens pas à mes intérêts».

Facilement, comme si rien n’était. Au revoir, enchanté. Comment cela peut-il être acceptable? Je n’en reviens pas. Chaque personne a le droit au bien-être.

Avoir un travail adéquat et digne fait partie des facteurs qui favorisent une vie épanouie et en santé.

Avoir un travail adéquat et digne est un droit. Ce n’est pas une faveur qu’on reçoit ni de la compassion.

C’est un droit !

Je fais un appel à ceux qui ont la voix plus forte que moi pour agir ensemble. Pour parler plus fort.