Des résidents du secteur situé à proximité du club de golf Les Vieilles Forges ne savent plus vers qui se tourner pour protester contre le développement résidentiel de plus de 400 unités d’habitation sur le terrain de golf actuel. Leur conseillère municipale, Mariannick Mercure, est aussi présidente de la Commission du développement durable et de l’environnement.

Pour les Vieilles-Forges, c’est «zéro vision»

OPINIONS / Le conseil de la Ville de Trois-Rivières, lors de la séance régulière de décembre dernier, a appuyé la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique. Un beau projet qui a été voté à l’unanimité par nos conseillères et conseillers municipaux.

M. Pierre Montreuil, conseiller, a pris la parole afin de souligner les efforts des étudiants et des professeurs qui ont talonné les élus municipaux pour que les bottines suivent les babines. J’ai été témoin des échanges des membres du Conseil. Il s’agit d’un geste généreux.

Durant la même séance, les membres du conseil ont voté, aussi à l’unanimité, une autre résolution autorisant un développement résidentiel de 447 habitations sur le terrain de golf Les Vieilles Forges. Ce projet aura pour effet de raser près de 90 % des arbres (plusieurs sont tricentenaires) et créant un îlot de chaleur. Il s’agit d’une décision un peu paradoxale. Ne parle-t-on pas des deux côtés de la bouche au conseil municipal?

La partie sud de ce territoire, longeant la rue de la Sentinelle, est survolée par de gros aéronefs qui se rendent aux ateliers de la compagnie AAR Corp., produisant de la pollution atmosphérique. Ces polluants sont connus. En plus d’être néfastes pour la santé des personnes, ceux-ci contribuent à l’effet de serre. Une nouvelle étude indique que les avions produisent aussi de nanoparticules métalliques.

Le secteur de l’aéronautique crée des emplois de qualité à Trois-Rivières. Nous savons que cette compagnie a signé d’importants contrats de réparation d’avions. Le Nouvelliste nous apprenait qu’AAR Corp. caresse un projet d’agrandissement de ses installations et que l’aéroport de Trois-Rivières tente d’intéresser des transporteurs réguliers et nolisés. Ces bonnes nouvelles prédisent aussi une augmentation de la pollution atmosphérique.

La Ville n’aurait-elle pas avantage à développer une vision à moyen et long terme en laissant l’espace sous ce corridor aérien libre de toute construction résidentielle et à planter des arbres dans les endroits dénudés? Ce choix aurait permis de combattre la pollution atmosphérique produite par les aéronefs. En plus d’avoir un effet sur la pollution, notre proposition avait aussi pour objectif d’éviter les plaintes éventuelles liées au bruit qui pourrait venir ralentir le développement économique de l’aéroport appartenant à notre Ville.

Lors d’un reportage de Radio-Canada Mauricie en août dernier, le professeur en biologie de la conservation de l’UQTR, M. Raphaël Proulx, avait même mentionné que «d’abattre les arbres sur le terrain de golf pour permettre le développement immobilier serait une erreur de la part de la Ville de Trois-Rivières». Il a également précisé qu’il a été démontré qu’ils ont des rôles importants en termes de la qualité de l’air, de la qualité de l’eau, de la santé mentale, de la protection contre la chaleur et de l’atténuation des vents. Les membres du Conseil devraient porter attention aux propos de ce connaisseur.

Notre conseillère municipale, Mariannick Mercure, nous a platement déclaré qu’elle n’avait aucun intérêt concernant nos préoccupations dans ce dossier. À qui devons-nous nous adresser pour être entendus sinon à la présidente de la nouvelle Commission du développement durable et de l’environnement, cette même Mariannick Mercure? C’est cette conseillère qui s’est improvisée négociatrice dans ce dossier avec les promoteurs. À en juger par les fruits, les résultats sont, au mieux, mitigés. Elle vous répondra que nous, citoyens, faisons de la politique avec ce dossier. Ce dossier est beaucoup trop important pour la qualité de vie de notre quartier et celle de nos concitoyens pour en faire un enjeu politique.

J’en conclus que notre conseillère préfère mettre ses efforts sur Vision zéro. En ce qui concerne les citoyens de notre quartier, c’est plutôt «Zéro vision».

Roger Drouin

Trois-Rivières