Le récent budget du ministre des Finances Éric Girard laisse encore bien des questions en plan concernant le financement des services d’archives privées agréés.

Pour les archives privées: un budget à la hausse, enfin…

OPINIONS / Le premier budget du gouvernement Legault, déposé il y a plus d’un mois déjà, a intéressé journalistes et observateurs de divers secteurs, mais qui s’est penché sur la part allouée au secteur des archives? Depuis le dépôt du budget, rien ne semble avoir été évoqué dans les médias en ce sens. D’ailleurs, le 5 avril, dans la section «Carrefour des lecteurs» du Nouvelliste, un vibrant plaidoyer de Madame Marie-Andrée Brière, directrice de la revue «Héritage» de la Société de généalogie du Grand Trois-Rivières, rappelait les enjeux des coupes particulièrement sévères pour le service d’archives privées agréé du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières.

Est-ce donc que la nouvelle d’un budget supplémentaire soit passée complètement sous le radar? Voyons ce que le ministre des Finances, monsieur Éric Girard, propose pour ce secteur dans son Budget de dépenses 2019-2020, Vol. 3, crédits des ministères et organismes, pages 69-75.

À tout seigneur, tout honneur. Comme c’est Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) qui administre les programmes d’aide visant le domaine des archives, nous nous intéresserons d’abord au total des crédits qui lui seront transférés par le ministère de la Culture et des Communications (MCCQ) pour 2019-2020, soit 70 647 400 $, comparativement à 70 643 000 $ en 2018-2019. Une hausse de 4400 $. Bien sûr, on ne parle ici que des revenus de transfert alloués par le MCCQ. BAnQ a d’autres sources de revenus.

Cette somme globale (70 647 400 $) est ensuite subdivisée. D’abord, 69 273 100 $ vont servir au fonctionnement de BAnQ (comparativement à 69 638 700 $ en 2018-2019). Un manque à gagner de l’ordre de 365 000 $ pour cette institution nationale pourtant touchée à plusieurs reprises par des coupes importantes ces dernières années. La balance, 1 374 300 $ (comparativement à 1 004 300 $ en 2018-2019) sera spécifiquement redistribuée aux programmes d’aide gérés par BAnQ.

Tout compte fait, malgré qu’on puisse convenir qu’il s’agit là d’une hausse intéressante, tout ce montant (1 374 300 $) n’ira pas aux SAPA puisque deux programmes sont gérés par BAnQ et que l’un d’eux requiert environ 255 000 $, si mes données sont exactes.

D’autre part, on peut remarquer que le manque à gagner auquel doit faire face BAnQ (365 000 $) est quasiment la somme supplémentaire qui est attribuée aux programmes d’aide. Doit-on comprendre que, malgré des surplus dans les coffres de l’État, ni la ministre de la Culture, ni le ministre Girard, ni le Conseil du Trésor n’aient pu ou voulu investir de l’argent neuf tant dans BAnQ que dans les SAPA? On a plutôt préféré l’option de déshabiller Jean pour permettre d’habiller Paul? Faute d’argent neuf, le jeu de l’iniquité continue de faire des victimes.

Par ailleurs, on se rappellera que le gouvernement précédent et l’ex-ministre de la Culture, Madame Marie Montpetit, (annonce publiée dans Le Soleil du 14 avril 2018) avaient octroyé un supplément de 210 000 $ (somme non récurrente mais applicable pour les années financières 2018-2019 et 2019-2020). Cet ajout au budget de BAnQ avait permis de soutenir 32 SAPA, au lieu de 25 comme le stipulaient les nouvelles règles en vigueur depuis juillet 2017. Est-ce que ce montant (le 210 000 $ prévu aussi pour 2019-2020) est toujours disponible? Vient-il s’ajouter aux 1 374 300 $ dédiés aux programmes d’aide de BAnQ?

Plusieurs questions restent encore à être éclaircies: comment ce nouvel apport d’argent sera-t-il distribué? Chaque SAPA éligible pourra-t-il avoir droit à une aide financière, même ceux qui n’en avaient pas reçue? Ceux qui ont reçu un montant en 2018-2019, verront-ils leur montant de 2019-2020 majoré? Est-ce que l’évaluation se fera toujours sur la seule base de la performance? Verra-t-on le retour d’un montant de base pour chacun? Pourra-t-on enfin éviter cette compétition malsaine entre les SAPA devant se partager les portions d’une tarte au citron plus amère que sucrée, mais surtout trop petite?

Des intervenants de toutes disciplines réclament un meilleur financement pour assurer la préservation de notre patrimoine culturel collectif. Si la situation des archives semble s’améliorer, on est encore très loin de l’allégresse. Il nous faut encore compter sur la persévérance et sur le doigté de la ministre de la Culture, Madame Nathalie Roy, pour convaincre ses collègues du Conseil du Trésor de l’importance d’investir davantage dans la sauvegarde et le rayonnement du patrimoine. C’est surtout primordial d’ajouter de l’argent neuf si on veut favoriser le soutien et le développement culturel et patrimonial de toutes les régions du Québec.

Le présent budget aurait-il pu faire mieux afin d’assurer à tous les SAPA, admissibles à un financement, une part plus substantielle d’un budget qui leur permette de se concentrer sur leurs mandats spécifiques que sont la sauvegarde, le traitement et la diffusion des archives privées?

Suzanne Girard

Archiviste à la retraite

Trois-Rivières