Mariannick Mercure

Pour la protection de nos milieux humides

L’auteure, Mariannick Mercure, est conseillère municipale du district des Forges à Trois-Rivières.

Mardi, mes collègues et moi avons voté en faveur d’un développement domiciliaire au cœur d’un milieu humide situé au nord de l’aire écologique du lac Caché, dans le district des Forges. Le milieu touché et l’aire écologique constituent en fait un seul et même écosystème et sa destruction partielle pourrait bien affecter le complexe dans son ensemble.

Le projet a été approuvé par le ministère de l’Environnement, en échange de la préservation d’une partie de la tourbière qui s’y trouve: on en détruit une partie, on en protège une autre et on diminue ainsi la vitesse avec laquelle on est en train de perdre nos milieux humides.

La science est pourtant claire. Il faut bel et bien cesser les pertes nettes de ces milieux vu les nombreux services écologiques qu’ils nous rendent: ils filtrent l’eau polluée, permettent de préserver la biodiversité et, à notre époque de changements climatiques, ils séquestrent le carbone atmosphérique. De manière très concrète et tangible, ils préviennent aussi les inondations. Les citoyens de mon district installés sur d’anciens milieux humides pourraient vous en parler longuement.

Au grand soulagement de la communauté scientifique, l’Assemblée nationale reconnaissait récemment les coûts réels qu’implique leur destruction, et votait unanimement une loi concernant leur conservation qui prévoyait une compensation financière suffisamment élevée pour permettre de créer de nouveaux milieux humides si on était obligé d’en détruire ou d’en perturber. Mais les municipalités ont fait de telles pressions auprès du gouvernement qu’il a finalement reculé.

Chaque fois que j’ai questionné nos manières de faire sur le sujet, on m’a répondu que c’est le palier provincial qui s’occupe de légiférer dans ce domaine, qu’il ne fallait pas interférer. Quel paradoxe! Ce sont bel et bien les municipalités qui ont fait reculer le gouvernement qui s’alignait pourtant sur le consensus scientifique.

Au cœur du problème: la principale source de revenus des villes que sont les taxes foncières et qui nous poussent à développer toujours plus, toujours plus loin si on veut augmenter nos revenus.

L’aménagement du territoire est bel et bien de notre ressort, mais actuellement, le principal facteur qui semble déterminant en la matière est le bon vouloir des propriétaires fonciers de développer leurs terrains à l’intérieur de l’immense périmètre urbain. L’étalement qui en résulte n’est ni rentable ni durable pour la Ville. La protection des milieux humides, comme celle des boisés d’intérêts écologique et social, ou encore la transformation des terrains de golf en quartiers résidentiels, sont tous des enjeux qui devraient être intégrés à une vision de développement domiciliaire durable.

En attendant une réforme du financement des municipalités, le remède réside dans une bonne dose de courage politique afin de modifier nos outils réglementaires.

Mardi, le projet qui nous a été présenté était conforme à nos règlements et très avancé. Il était impossible pour le conseil de voter en toute liberté, sans crainte de poursuites judiciaires. Depuis, j’ai reçu l’appui de plusieurs membres du conseil afin que nous prenions ce virage du développement domiciliaire durable. Aujourd’hui, nous nous mettons au travail.