Pour en finir avec la souveraineté illusoire du peuple québécois

OPINION / En octobre 2019, le gouvernement Legault présentait le projet de loi 39. Il y propose une réforme du mode de scrutin où les 125 sièges actuels seraient divisés en deux catégories: 80 sièges de circonscription et 45 sièges de région. Alors que les premiers seraient distribués comme c’est présentement le cas dans le cadre du système uninominal à un tour, les deuxièmes seraient attribués afin de compenser la proportion des pourcentages de vote. Je considère qu’une telle réforme est essentielle et urgente. Cela assurerait que la volonté du peuple québécois soit fidèlement représentée et que toutes les idées soient entendues. Toutefois, je crois que certaines nuances doivent être apportées au projet de loi.

Considérant que la démocratie repose sur la souveraineté du peuple, il me semble complètement absurde qu’on tolère plus longtemps une si grande distorsion entre la volonté populaire et la représentation politique des Québécois. À titre d’exemple, aux élections de 1973, le PLQ a remporté 92,73 % des sièges alors qu’il n’avait récolté que 54,65 % des votes. Un mode de scrutin proportionnel mixte permettrait une représentation plus juste de la volonté des Québécois.

Pour que le pouvoir soit entre les mains du peuple, ne faudrait-il pas que les institutions mises en place pour le représenter soient à son image? Or, le mode de scrutin actuel favorise le bipartisme et réduit au silence les idéaux politiques plus marginaux. Le projet de loi, qui propose un seuil minimal de 10 % des votes pour qu’un parti participe à l’étape de distribution des sièges de région, ne règle que partiellement le problème. Ainsi, je crois qu’un seuil minimal de 5 %, comme c’est le cas en Allemagne, permettrait une représentation plus juste de la volonté populaire.

Alors que les positions politiques d’une partie des citoyens sont complètement écrasées par le mode de scrutin, faut-il s’étonner de la baisse du taux de participation, notamment chez les jeunes? Si je ne peux m’exprimer au nom de toute ma génération, je peux témoigner de mon sentiment d’impuissance et celui qui occupe mon entourage par rapport à la machine politique. À force de ne pas être entendue, la minorité sombre vers un genre d’indifférence politique.

Bref, je crois qu’une réforme est nécessaire pour que le pouvoir soit représentatif de la volonté du peuple, pour qu’il représente l’entièreté de ce dernier et pour encourager la participation des minorités. Contrairement à monsieur Legault, qui refuse sa mise en place pour les prochaines élections, je crois que cela est urgent. J’aime mon Québec pour une panoplie de raisons, mais surtout parce qu’il est différent et diversifié. Ainsi, je rêve du jour où chacune des voix qui le composent sera entendue.

Justine Viviers

Trois-Rivières