La peur, c’est une grande inconnue qui vient hanter nos vies dans des moments où nous désirerions l’entrevoir distante.
La peur, c’est une grande inconnue qui vient hanter nos vies dans des moments où nous désirerions l’entrevoir distante.

Pour en finir avec la grande peur?

OPINION / L’auteur, Jean Fournier, est professeur de travail social au Cégep de Trois-Rivières. Il habite Nicolet.

Peur de voir un proche atteint. Peur de perdre un emploi. Peur de la mort. Peur de la fin.
La peur, c’est une grande inconnue qui vient hanter nos vies dans des moments où nous désirerions l’entrevoir distante. Elle y était au rendez-vous dans la bascule du 12 au 13 mars dernier. Elle s’est exprimée dans un seul mot: COVID-19.

La peur humaine remonte à la nuit des temps. De Spinoza à Freud, de nombreuses personnes se sont exprimées sur la peur, l’associant parfois à l’angoisse, lui offrant une place de choix dans les réflexions exprimées sur les réalités humaines. Aussi, en plus d’être mauvaise conseillère parfois, elle gruge en dedans, fige ou saisit.

Bien entendu, s’ancrer dans la peur pour offrir une réflexion sur la pandémie COVID-19 n’est pas très original. COVID, par sa seule appellation d’ailleurs, soulève la peur, le recul, l’hésitation, le refus. Et ce propos ne cherchera pas à diminuer sa portée; seuls le temps, ainsi que la distance émotive, mais également objective sur un plan individuel et collectif, pourront nous permettre d’y arriver.

Nous le savons bien que la crise sévit encore; la COVID-19 rôde. Ce virus tue encore; il atteint encore. Est-il prématuré de commencer à jeter des jalons de réflexion afin d’en dégager ultérieurement un bilan, des prises de conscience? Je me lance et en propose trois, brièvement. Il faudra les reprendre, les virer de bord, les soupeser, en ajouter.

1- Nous avons besoin de l’autre, des autres, de la rencontre. Nous sommes profondément grégaires, interdépendants. Et la peur de l’autre devra s’estomper dès que possible. Car fuir l’autre, s’en éloigner, c’est fuir une partie de soi qui se révèle par l‘autre. Il faudra, plus vite que tard, se rebrancher à l‘autre; la xénophobie se nourrit de ce terreau de distance sociale. Et en cette période de luttes antiracistes, aux États-Unis mais par rebondissement dans toutes nos sociétés, la distanciation physique demeure la seule à tolérer pour encore un temps.

2- La COVID-19 a révélé que nous avons besoin de l’État. Le marché seul n’y arrive pas. L’État peut agir, réguler, redistribuer. Il ne cherche pas le profit-à-tout-prix ou l’enrichissement individuel. Certains des secteurs où l’État québécois s’était particulièrement désengagé ont notamment été frappés de plein fouet par la pandémie; pensons ici à l’hébergement pour nos aînés. La société québécoise a assurément besoin d’un secteur privé fort, soutenu, qui offre des conditions de travail justes et équitables, mais également d’un secteur associatif et communautaire (qui d’ailleurs soutient actuellement les familles ou les plus vulnérables) fort et soutenu tout autant; puis notre monde a besoin d’un État agile, engagé, soutenant, encadrant… et gardien du bien-commun.

3- La pandémie révèle le besoin de transformer notre planche du jeu de Monopoly! L’actuelle crise s’exprime dans une civilisation qui par l’économisme-à-tous-crins pressurise les écosystèmes, dans un marché libre, transnational qui cannibalise, financiarise et transforme tout sur son passage en marchandises, en biens à «vendre» aux plus offrants, comme l’eau, les écoles, les routes, la santé ou… la maladie.

Dans cette foulée, un des prochains virages à prendre ensemble, n’est-il pas celui de l‘achat local, en circuit court, en tentant de réduire notre empreinte écologique? À ce titre-là, le Panier bleu peut inspirer, ainsi que la quantité de jardins qui ont commencé à fleurir et à produire pour cet été… Il nous faut redécouvrir le plus petit, le proche, l’accessible.

Nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir apporter une contribution à la réflexion collective. Il faut continuer de le faire en tentant d’éviter de brusquer, en respectant les silences ou les fragilités de l’un et de l’autre et en portant une attention aux généralisations qui s’expriment, aux opinions qui refusent de questionner, voire de remettre en cause. Cela, il faut le faire, mais doucement… avec un peu de distance.