Le débat qui touche les signes religieux, notamment le «hidjab» dans l’enseignement, a suscité un malaise et conduit à une levée de boucliers.

Pour conforter l’interdiction des signes religieux...

OPINIONS / Tandis qu’une forte majorité du peuple québécois accepte le principe de la laïcité telle que formulée dans la loi 21, le débat qui touche les signes religieux, notamment le «hidjab» dans l’enseignement a suscité un malaise et conduit à une levée de boucliers, notamment de la communauté musulmane. Alors allons-nous nous laisser influencer dans notre décision pour la laïcité à cause de la revendication du «voile» par certaines musulmanes abusées sur son port par certains imams soit fanatiques ou intégristes prétendant à tort que le port du voile est d’autorité divine? Tous les signes ne sont en général que des signes de reconnaissance entre individus; telles les épinglettes aux revers des vestons jusqu’aux couleurs des motards. En aucun cas, leur port n’apparaît comme des obligations divines.

Aussi la montée des femmes musulmanes aux barricades pour le port du voile islamique est-elle exagérée. Les employés du gouvernement ne représentent pas leur personne mais bien l’administration et, à travers elle, l’État. Il faut donc qu’ils ou elles soient neutres. Et c’est au nom de la neutralité de l’État que l’on demande qu’il n’y ait pas de signes religieux portés au travail par les employés de l’État.

C’est pourquoi il semble raisonnable qu’occuper un emploi dans la fonction publique comme représentant de l’État «laïque» ne concorde pas avec l’affirmation de ses croyances religieuses, ni avec le besoin de signifier son appartenance à un groupe, ni avec le souci d’afficher de manière ostentatoire sa dévotion, ni pour chercher du recrutement à sa cause!

D’ailleurs, un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), le 14 mars 2017, estime qu’une entreprise peut interdire dans son règlement intérieur le port visible de signes religieux: «L’interdiction de porter un foulard islamique, qui découle d’une règle interne d’une entreprise privée interdisant le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion ou sur les convictions». Cela veut dire que si pour garder son emploi dans la fonction publique et maintenir son indépendance financière comme femme, la loi demande d’enlever le foulard pendant les heures de travail, des légistes c’est-à-dire des spécialistes du Coran et de l’Islam conseillent d’enlever le foulard. Pourquoi donc refuserait-on d’enlever pour quelques heures par jour un vêtement pour se conformer au code vestimentaire d’un emploi?

L’ancien cheikh d’Al-Azhar, la prestigieuse institution sunnite du Caire, Mohammed Sayyed Tantaoui, avait dit que dans les pays où des lois interdisent le voile, les femmes musulmanes devaient se conformer à ces lois interdisant le voile même si la charia en fait une obligation. Il avait ajouté: «Si elle vit dans un pays non musulman (comme la France), où les autorités civiles adoptent des lois opposées au voile: «C’est leur droit le plus absolu». «Je répète: c’est leur droit et je ne peux pas m’y opposer», avait-il insisté, affirmant versets coraniques à l’appui qu’une musulmane qui se conforme à la loi d’un pays non musulman n’a pas à craindre le châtiment divin, car Allah affirme: «Quiconque est contraint, nul pêché ne lui sera imputé.»

À l’Institut européen des sciences humaines, Larabi Becheri, théologien de l’Islam qui forme les futurs cadres de l’Islam, répond aux questions des musulmanes qui ont du mal à vivre leur foi au quotidien. «Oui, vous pouvez l’enlever (le voile) si vous êtes dans le besoin de le faire, c’est-à-dire si cela est une condition pour vivre sans être gênée. Dans la jurisprudence le besoin fait loi. Donc, oui, vous pouvez travailler tout en retirant votre voile.»

Pour sa part, l’ancien Grand Mufti d’Égypte, Dr Ali Goma’a, interprète officiel du droit canonique musulman, affirme clairement: «Il est permis aux femmes de retirer leur hijab sur leur lieu de travail, si elles n’ont pas le choix». On note aussi cette position chez le cheikh Abou Oussama Bilibani et chez le Cheikh Mohammad Ibn ‘Omar Ibn Sâlim Bâzmoul, tous deux théologiens de l’Islam.

Somme toute et sans contredit, le devoir d’un immigrant et d’une immigrante, c’est l’adaptation aux mœurs de son nouveau pays, afin de s’intégrer et de trouver un emploi qui correspond à ses compétences!

Roger Greiss

Shawinigan