Plus de «Fabriqué au Québec»: utopie ou souhait réaliste?

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Nouvelliste
OPINIONS / François Legault exprimait récemment le souhait qu’il a de voir le Québec soit plus autonome dans son approvisionnement en biens de toutes sortes.

Il a même assorti cette annonce publique faite dans les médias d’offrandes «généreuses» de la part de son gouvernement pour ceux qui sauront sortir le Québec de sa dépendance aux produits d’ailleurs ainsi que de sa situation de déficit commercial. Je me pose cependant les questions suivantes: est-ce que cette volonté politique a de réelles chances de produire des résultats concrets et durables? Est-ce que le fameux modèle Québec inc. n’est pas un frein? Est-ce que la compétitivité du Québec ainsi que le fait qu’il se trouve dans un pays champion des accords de libre-échange ne fait pas en sorte qu’une métamorphose du Québec, du temps et des investissements importants seront nécessaires pour atteindre ce beau projet? Sommes-nous suffisamment motivés collectivement?

Les rouages de l’économie sont complexes et plusieurs variables établissent la compétitivité d’une région économique. Sa situation géographique, sa population, la formation de ses travailleurs, les salaires et les charges sociales, les règles fiscales, sa gestion de ses ressources naturelles et le respect de l’environnement, le niveau de syndicalisation, la démographie, la densité de sa population, l’esprit d’entreprise, voilà quelques-uns des facteurs qui déterminent ce qui peut être produit de façon compétitive, de manière durable et profitable. Le Québec se tire bien d’affaire dans plusieurs secteurs incluant la production de jeux vidéo, la recherche biomédicale, les matières premières et l’agriculture. Avons-nous cependant la capacité d’être aussi compétitifs dans tous les secteurs? Serions-nous capables de diluer nos ressources afin d’élargir notre production?

Dans la très grande majorité des scénarios, il faut produire un seuil critique d’un bien (ou d’un service) afin que l’ensemble des coûts liés à sa production puissent être absorbés au point où le produit pourra être vendu à un prix compétitif. Le calcul est simple: Coût total / Nombre d’items produit = Coût de revient brut. Atteindre un ratio compétitif implique qu’il faut, soit augmenter la productivité, soit réduire les coûts de production afin d’arriver à offrir des produits à bon prix. Tout comme le premier ministre, vous vous dites que d’aider les entreprises, subventionner des secteurs ou réduire la charge fiscale par des «programmes généreux» est alors la recette du succès? En êtes-vous bien certain?

Favoriser la production locale est souhaitable dans la mesure où les politiques visent avant tout à rehausser la compétitivité en usant des règles du capitalisme sans compromettre l’équilibre des marchés. Les mesures forcées ont des effets à court terme mais aussi des impacts collatéraux néfastes. Subventionner une industrie ou apporter des mesures protectionnistes, c’est là deux stratégies qui sont facilement détectées par nos partenaires commerciaux qui n’ont alors aucune retenue à imposer avec raison, des représailles commerciales.

De plus, lorsqu’une entreprise ou un secteur d’activité obtient des avantages, l’empressement ou l’urgence de réduire ses coûts et augmenter son efficacité se dissipe. On n’a qu’à penser à nos alumineries qui dépendent des coûts d’électricité réduits pour subsister. Et c’est là sans parler des forces syndicales qui voient souvent des opportunités pour leurs membres d’obtenir une part de ces avantages. Dans les faits, ces subventions formelles ou déguisées ne font que déséquilibrer le marché. Une fois les subventions retirées, tout peut s’effondrer. Vous rappelez-vous l’usine Hyundai au Québec? L’histoire est remplie de cas où l’intervention de l’état s’est montrée désastreuse. La loi du plus fort s’applique. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas profiter des règles fondamentales de l’économie. Il faut cependant respecter les règles du jeu.

C’est par les fondations que cette mission du premier ministre doit se faire et non en tentant de pallier les faiblesses à coup de subventions et de crédits d’impôt. Un petit coup de main ici et là ne peut pas nuire mais les actions doivent être ciblées et les retombées mesurables. Il faut également que le gouvernement puisse en toute situation profiter lui-même de ses actions par des retours sur investissement et des revenus fiscaux. Voir à son retour sur investissement force le gouvernement à mesurer les risques et agir comme il se doit avec l’argent public. Tout comme il faut s’assurer que les gens d’affaires ne sont pas les seuls à retirer des avantages comme ça peut être le cas lorsque les actionnaires vident les actifs d’une entreprise alors que le Québec y a englouti une fortune. J’ai cette cimenterie, la C-Series, le Cirque du Soleil et bien d’autres choses, en travers de la gorge dans le moment.

C’est donc en développant l’esprit d’entreprise, en aidant les entrepreneurs dans leur démarrage, en coachant leur croissance, en établissant des règles fiscales compétitives, en formant la main-d’œuvre, en recrutant des travailleurs étrangers, en favorisant la mise en marché locale et l’exportation qu’on peut atteindre une croissance notable de la productivité du Québec et ainsi réduire sa dépendance aux produits d’ailleurs. Aucune loi internationale n’interdit un appui logistique aux entreprises par le gouvernement, une plus grande cohésion entre le secteur privé et le secteur public et des actions concertées afin que s’établisse au Québec un esprit d’entrepreneuriat fort, une stratégie globale basée sur la complémentarité, l’entraide et l’intégration d’un réseau de partenaires. Le Japon est devenu un «miracle économique» de cette façon. Avec une telle approche, l’OMC ne pourrait jamais reprocher au Québec sa politique en matière de développement économique. À quand des dépisteurs dans le milieu des affaires tout comme ça existe dans le sport professionnel?

Tout ça doit se faire en prenant en considérant les forces et faiblesses naturelles du Québec ainsi qu’en respectant tous nos accords commerciaux et les lois du marché. Bien que cette approche nécessite plus de temps pour produire des résultats notables que la durée d’un mandat électoral et qu’il soit difficile d’en voir les effets à temps pour les prochaines élections, cette approche est plus favorable au développement économique du Québec que la simple subvention ou l’implication démesurée de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Je suis avec le premier ministre et je serais des plus heureux de constater un Québec fort et riche, apprécié de ces partenaires commerciaux et respectueux de la planète. Les solutions instantanées ne nous permettront cependant pas d’y arriver.

Prenons une grande respiration ensemble Monsieur Legault.

Gaëtan Bouchard
Trois-Rivières