On a la chance de pouvoir admirer, cet été au musée Pierre-Boucher, la dernière œuvre du regretté Pierre Landry.

Plein les yeux cet été au Musée Pierre-Boucher

Il faudra prendre le temps et y revenir pour se remplir les yeux de quatre expositions – en vedettes, faut-il dire. Au Séminaire de Trois-Rivières, dès qu’on a franchi la lourde porte du hall d’entrée, le regard est tout de suite attiré à droite sur l’unique œuvre imposante en noir et blanc qui occupe l’espace à elle seule; cela vaut le déplacement.

On apprend que c’est de Pierre Landry. De cet artiste immense auquel un premier hommage a été rendu il y a deux mois après son décès qu’un cancer avait prévu imminent. Sur cette dernière œuvre, Pierre avait déjà confié par écrit à ses proches et amis que c’est «…mon profond souhait vers la réalisation de mon projet en cours à devenir une œuvre vivante et éternelle». S’impose en effet au visiteur l’empathique et lumineuse attraction que propose cette œuvre pourtant abstraite: «Espace lumière géométrique (avait aussi titré l’auteur) se révèle et s’appréhende de gauche à droite, comme un livre. Le spectateur est invité à s’approcher, à découvrir d’autres dimensions de la sculpture, en particulier ses espaces blancs et noirs de grand format» où s’arriment et s’animent en surface les formes bi et tridimensionnelles de panneaux autoportants marqués de plus discrets rectangles rouges en bordures. Œuvre posthume d’autant plus émouvante pour nous que le nom de ce regretté Trifluvien s’inscrit dans la liste des artistes qui participent en notre ville à la Biennale nationale de sculpture contemporaine 2018, et qu’en son hommage à l’automne trois lieux s’y partageront l’organisation d’une grande rétrospective de ses œuvres.

Dans le cadre de la Biennale, l’ouvrage d’une artiste de Montréal occupe cette fois tout le centre de l’aile gauche du hall d’entrée. Au milieu de la salle, à partir d’un large dépôt de poussière de verre au sol, Alice Jarry y développe une installation en art numérique: Dust agitator, un réseau électrique complexe alimente des séries groupées d’ampoules clignotantes ou de mécanismes en action dans des caissons transparents. «Sur le rôle et l’impact de la matérialité» c’est ici voir «la matière résiduelle “fatiguée” à la fin d’un cycle utilitaire: fine poussière à recycler». Coûteuse opération. Concept plus lumineux que fascinant? Poudre aux yeux?

Puis, revenir sur la droite, et passer dans le corridor adjacent où, sur les murs et jusque dans la salle Gaston-Petit, une exposition souligne le 100e anniversaire du Service des Archives du Séminaire Saint-Joseph: Griffés sous influence. Des premières griffes cotées de personnages, celle d’abord comme il se doit de la figure Mgr Albert Tessier, celui auquel, tout jeune prêtre au Séminaire d’alors en 1918, on confia la responsabilité d’organiser la conservation de documents et objets laissés sans direction. On y présente cet été quelques photos, une caricature du toujours même directeur et, en 1945, la griffe d’un témoin sous influence relatif aux archives actuelles, Henri Beaulac, ancien élève, décorateur ensemblier de talent (on dirait aujourd’hui designer d’intérieur), auquel fut confié le réaménagement plus fonctionnel du local. Il sera fait mention d’autres personnalités ou plus simples témoins, documents, artefacts, collections, pièces de vie qui témoignent d’un passé lointain ou plus récent. Il y a même de quoi piquer la curiosité de plus jeunes visiteurs…

Mais voilà que d’autres lieux viennent s’ajouter au parcours habituel des expositions. Il suffira de pénétrer dans la magnifique chapelle de l’institution pour constater qu’elle est une œuvre d’art en soi et remarquer une originalité: chaque côté de la nef s’ouvre sur trois absidioles. Ces petits oratoires réservaient chacun un autel pour accommoder les nombreux prêtres du Séminaire qui avaient à célébrer individuellement leur messe avant un déjeuner, lui-même fort matinal à l’époque… Ces autels, conservés, vont maintenant servir d’accompagnement pour célébrer en permanence un vénérable personnage: Pierre Boucher, une vision au service de la nation.

Il suffira de pousser plus avant la visite jusque derrière la sacristie pour accéder à un vaste et large oratoire dont les murs à la base réservaient encore plus d’autels particuliers. C’est là qu’on présente la quatrième exposition annoncée, Plus grand que nature (sculptures). De gauche à droite, le local possédait déjà des œuvres des plus intéressantes, et pour cause: depuis ce splendide autel et retable qui fut sauvé des flammes avant qu’elles atteignent l’église Immaculée-Conception lors du grand feu de Trois-Rivières en 1908; en passant par les peintures murales récupérées de la chapelle de Tavibois où le jeune artiste catalan Jordi Bonet venait tout juste d’arriver au Québec; et jusqu’à un autel fort différent des autres en bois sculpté, et qui, destiné à répondre aux normes de la nouvelle liturgie de la messe face au peuple après le concile Vatican II, fut considéré trop moderne pour s’harmoniser au chœur de la chapelle de style roman… C’est dans cette grande salle que se voisineront donc aussi nombre de sculptures en bronze, et d’autres en plâtre ayant servi pour les modelages de plus grands bronzes. Exposition qui sera permanente, mais il est prévu que, tous les quatre ans, des pièces pourraient s’ajouter ou en remplacer d’autres.

De quoi donc, pour longtemps, en mettre plein la vue.

Lévis Martin

Trois-Rivières