L’auteur de ce texte s’inquiète de l’impact de la crise actuelle sur les organismes de bienfaisance, les organisations à but non lucratif, les événements et les fondations. Les entreprises auront plus à cœur la relance des affaires, le remboursement de dettes, le paiement d’arrérages de loyer ou de fournisseurs, ce qui risque d’amputer le budget consacré aux dons.
L’auteur de ce texte s’inquiète de l’impact de la crise actuelle sur les organismes de bienfaisance, les organisations à but non lucratif, les événements et les fondations. Les entreprises auront plus à cœur la relance des affaires, le remboursement de dettes, le paiement d’arrérages de loyer ou de fournisseurs, ce qui risque d’amputer le budget consacré aux dons.

Philanthropie et COVID-19: vers la catastrophe?

OPINIONS / Mercredi soir, je décide de prendre des nouvelles d’un ami proche, parrain de ma fille et propriétaire de la Fromagerie des Grondines. Sa situation, sans être apocalyptique, est tout de même préoccupante. Il m’avouait ne pas prévoir retomber sur ses pieds avant la fin 2022. Quant à rattraper ses pertes, l’horizon lui semblait plus éloigné encore!

Œuvrant depuis une quinzaine d’années dans le secteur des OSBL et de la philanthropie, je ressens ces jours-ci de plus en plus d’inquiétude pour les organismes qui comptent sur les campagnes de financement pour boucler leurs budgets ou financer leurs projets.

Lorsque la crise sera passée, une autre pointera, celle-ci d’ordre financier. Les entreprises auront plus à cœur la relance des affaires, le remboursement de dettes, le paiement d’arrérages de loyer ou de fournisseurs, etc. Le budget consacré aux dons, sous quelque forme que ce soit, sera naturellement mis de côté pour ce qui apparaîtra comme plus prioritaire: le relance de l’économie et de l’emploi.

Les OSBL pourront toujours se tourner vers des fondations privées ou familiales. Cependant, avec la chute boursière, il est fort probable que celles-ci soient plus préoccupées à rattraper leurs pertes qu’à donner généreusement. Il faut savoir ici que ces fondations, créées à la suite d’un don majeur, d’un apport privé de capital ou d’un héritage, ont pour stratégie de placer leur argent dans un fonds de dotation et de distribuer les intérêts ainsi générés. Pour une organisation dotée d’un fonds de 100 millions $ qui voit sa chute boursière atteindre les 20 % plutôt qu’un gain de 7 à 8 %, c’est un différentiel à la baisse de près de 30 millions $! Faire des dons dans ces conditions, c’est manger les graines plutôt que de les semer.

Il est donc certain que cette situation affectera assurément les organisations en processus de campagne majeure, qui vont chercher des dons importants en misant sur des projets porteurs et des facilités de versement sur trois ou cinq ans. Je pense ici aux fondations d’universités, comme l’UQTR, ou d’hôpitaux. Je prends ici pour exemple la coopérative d’employés de feu le Groupe Capitales Médias, qui devra déployer une stratégie de campagne de souscription afin compléter son financement. Elle pourra certes compter sur les appuis, acquis, du gouvernement, de Desjardins, du Fonds de solidarité de la FTQ et de Fondaction CSN. Mais elle lui faudra nécessairement compter sur un support public qui, normalement, serait venu des entreprises, des commerces, des gens d’affaires. Or, rien ne sera acquis de ce côté-là: les poches sont vides et prendront du temps à se remplir à nouveau.

Enfin, pour les organismes qui misent sur l’événementiel, là encore, ce ne sera pas évident. Organiser un tournoi de golf, un cocktail dînatoire, une soirée vins et fromages ou défis sportifs par exemple, relèvera de la haute voltige. Ce genre d’événement mise beaucoup sur la présence de professionnels qui achètent des billets à 100 ou 200 $, parfois moins, souvent plus. On compte aussi sur la participation de compagnies qui réservent une table de huit ou dix convives. À l’intérieur de l’événement, on organise une vente de billets pour des tirages, un encan, etc. Inutile de souligner l’effort incroyable que devront déployer les employés en charge de l’organisation de tels événements.

Aujourd’hui, au moment où j’écris ce texte, on prévoit une perte de plus de huit milliards $ pour les fondations et organismes sans but lucratif. C’est énorme. Si les plus gros, mieux organisés, dotés d’une expertise pointue et de personnel qualifié, peuvent tirer leur épingle du jeu, les plus petits ou ceux qui voulaient se lancer dans des campagnes annuelles ou majeures pour une première fois seront assurément désavantagés.

Pierre Bernard

Trois-Rivières