Pénurie de main-d’œuvre: pistes en vue!

Il est beaucoup question dans les médias de la pénurie de main-d’œuvre qui sévit au Québec. Elle résulte, d’après une étude de l’Institut économique de Montréal, du départ des jeunes du Québec au profit d’autres provinces. En effet, en l’espace de 30 ans, le Québec accuse une perte d’environ 230 000 jeunes adultes âgés de moins de 45 ans. À ce solde migratoire déficitaire, il faut ajouter le départ à la retraite des baby-boomers et la baisse des naissances. Conséquence? Actuellement le marché du travail devrait combler quelque 117 000 postes, tous secteurs d’emplois confondus et il ne le peut pas.

Essayant de voir clair dans cette problématique, nous pouvons classer les postes vacants dans trois catégories.

D’abord, le Québec a un besoin criant de travailleurs hautement qualifiés qui maîtrisent les technologies de pointe et les méthodes scientifiques. Par exemple, cela passe des ingénieurs en robotique, en fibres optiques, à des développeurs de logiciels, aux infirmières cliniciennes, etc. Donc du personnel ayant un bagage universitaire.

Cependant les corpus offerts par les universités ne sont pas toujours totalement adaptés à la réalité des milieux de travail, car les méthodes utilisées au quotidien évoluent très vite. C’est pourquoi un arrimage entre le savoir-faire enseigné et une formation comprenant des stages sur le terrain doit-il être de plus en plus la norme. En plus de cette adaptation de nos institutions, il nous faut avoir recours à des candidats étrangers bien ciblés, expressément sélectionnés pour leur qualification.

Avec ces trois éléments-là – programmes mieux adaptés, stages et apport d’immigrants qualifiés –, le Québec devrait être plus efficace pour combler l’essentiel de ses besoins dans cette première catégorie.

La deuxième catégorie est formée de travailleurs ayant une formation technique particulière, comme par exemple des électriciens, des cuisiniers, des arpenteurs, des infirmières, des secrétaires, etc.

Les cégeps et les écoles de métiers pourraient ouvrir des programmes très spécifiques selon les besoins du marché, même si le nombre d’élèves inscrits est en deçà des normes prescrites. Et évidemment continuer d’encourager les stages en entreprise. Le ministère du Travail pourrait favoriser un certain nombre de centres de formation spécialisés au sein même des usines de concert avec les patrons, et établir un programme incitatif doté de subventions pour l’accueil des stagiaires iou pour la formation continue de leurs employés.

La troisième catégorie concerne les travailleurs qui se forment souvent en travaillant, comme des serveurs, des femmes de chambre, des préposés à l’entretien, des vendeurs, etc.

Il y a actuellement près de 420 000 bénéficiaires de l’aide sociale dont 122 600 aptes au travail. Est-ce qu’on pourrait trouver dans cette tranche de prestataires des gens pour combler certains types d’emploi dans les secteurs agricoles, les services domestiques, les commerces, et cela à temps plein ou à temps partiel? Il faudrait toutefois régler le problème de tous ces bénéficiaires qui ne peuvent ajouter plus de 200 $ à la somme qu’ils reçoivent de l’aide sociale. Nous avons besoin d’eux, alors laissons tomber ces tracasseries pour un certain temps. Il faudrait aussi annoncer des salaires plus alléchants.

Récapitulons. De ce portrait, il se dégage une constante: Il y a des milliers de postes vacants, mais il y a des milliers de travailleurs potentiels. Il incombe au gouvernement d’agir pour que tous ces travailleurs potentiels puissent se frayer un chemin vers le marché de l’emploi. Pour mettre en oeuvre des stratégies de recrutement, comme plusieurs municipalités ont commencé à le faire, il serait primordial de publier pour chaque région le nombre de postes vacants dans chaque catégorie. Quand on connaît les détails de la problématique, la solution est souvent à la porte.

Si le Québec se met au travail et innove, il réussira à déterminer la part de l’immigration, à orienter les étudiants vers les secteurs en demande et sans doute à retenir ce capital humain qui s’expatrie sous d’autres cieux!

Roger Greiss

Shawinigan