Penser globalement, conserver localement

OPINIONS / L’auteure, Marie-Michèle Rousseau-Clair, est la directrice nationale, Acquisitions et intendance à Conservation de la nature Canada. Elle réside et travaille à Trois-Rivières.

La semaine dernière, des représentants de 132 États d’à travers le monde ont approuvé les conclusions d’un rapport des Nations Unies (ONU) contenant un sévère avertissement: la dégradation accélérée de l’environnement met en péril l’avenir de l’humanité. Le rapport dresse le portrait le plus complet jamais réalisé de la vie sur Terre et repose sur le travail de 455 scientifiques, chercheurs et experts. Il y est établi qu’à l’échelle planétaire, le déclin de la biodiversité (la totalité des plantes, des animaux et des écosystèmes) constitue une menace aussi grave que celle des changements climatiques et que, tout comme les changements climatiques, l’activité humaine en est responsable.

Le rapport, produit par la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) de l’ONU, révèle qu’à l’échelle mondiale, 1 million d’espèces sont menacées d’extinction en raison de la perte d’habitat. Chaque fois qu’une espèce disparaît, cela fragilise les fondements des économies, de la sécurité alimentaire et de la santé, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour la vie humaine.

D’une portée et d’une urgence sans précédent, le rapport laisse toutefois entrevoir une lueur d’espoir et propose des orientations et des solutions applicables dans le monde entier. Il recommande notamment des changements en profondeur en matière de gouvernance et dans nos habitudes de consommation, ainsi que des investissements massifs dans la conservation et la restauration de la nature. Sans ces efforts pour protéger les habitats, de nombreuses espèces pourraient disparaître au cours des décennies à venir.

En protégeant les écosystèmes encore fonctionnels et en restaurant ceux qui ont été dégradés, il est encore possible de freiner le déclin de la biodiversité et de continuer de profiter des bienfaits que la nature offre aux populations. Du contrôle des inondations à la régulation du climat, ces bienfaits sont les fondements de notre société; leur perte aurait des impacts directs sur notre économie et notre bien-être.

Que faire à l’échelle locale pour relever ce défi mondial apparemment insurmontable? Comme le veut le vieil adage écologiste, il faut « penser globalement et agir localement ». La première étape est de reconnaître que notre planète subit des changements rapides, comme en témoignent la perte de biodiversité et les changements climatiques. Il faut ensuite trouver des moyens d’accélérer, par tous les moyens possibles, la protection de la biodiversité à l’échelle locale.

Le Gouvernement du Canada s’est engagé à conserver 17 % des terres et eaux intérieures au pays. Son Programme de conservation du patrimoine naturel peut aider des organismes comme Conservation de la nature Canada (CNC) à protéger un plus grand nombre de nos habitats les plus importants et menacés. Qu’il s’agisse de forêts anciennes, de milieux humides, de marais salés, de prairies ou d’estuaires, tous abritent certaines des espèces les plus en péril au pays.

Le Canada compte plus de 70 espèces qui sont davantage menacées d’extinction que le sont l’éléphant d’Afrique et le panda géant. Si nous voulons freiner la disparition des espèces à l’échelle mondiale, nous devons commencer par celles qui se trouvent dans notre propre pays. En accélérant la conservation des habitats dans chaque province et territoire, nous pouvons contrer ces crises de la biodiversité et des changements climatiques. Et, chose peut-être plus importante encore, nous pouvons transformer notre relation avec la nature.

Il y a encore de l’espoir. Toutefois, si nous voulons mettre un terme au déclin dévastateur de la diversité des espèces végétales et animales révélé par les Nations Unies, il nous faut adopter un nouveau modèle de conservation de la nature qui sera tissé dans l’étoffe de notre société. Les organisations communautaires, la société civile et les gouvernements travaillent pour protéger la nature au Canada depuis la Confédération, mais nous devons en faire plus, et agir rapidement.

Des solutions imaginatives et bien pensées sont nécessaires pour contrer à la fois les changements climatiques et le déclin de la biodiversité. Conserver la nature est un aspect incontournable de notre transformation en une société durable, et il s’agit d’une chose que l’ensemble de la population canadienne peut accomplir dès aujourd’hui, dans chaque collectivité au pays.

Le vendredi 17 mai est la Journée mondiale des espèces menacées. Le rapport des Nations Unies incite chacun d’entre nous à faire partie de la solution. Nous pouvons commencer en appuyant des projets de conservation et en adhérant à des organisations qui œuvrent à protéger l’environnement et les systèmes écologiques vitaux et interreliés dont dépendent la nature et les gens.