Pendant la pandémie de la COVID-19, le PEQ change et l’incertitude s’installe

OPINIONS / Lettre adressée à la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Nadine Girault.

Madame la ministre,

Le règlement qui modifie le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), présenté le 28 mai 2020, suscite de profondes inquiétudes dans plusieurs milieux de la société civile. Depuis son inauguration en 2010, le PEQ a permis à un grand nombre de personnes, ayant étudié ou travaillé au Québec, d’accéder rapidement à la résidence permanente. Les immigrantes admises et les immigrants admis par ce programme se sont adaptés plus facilement et ont contribué de façon significative à la société québécoise dans un contexte de déclin démographique.

Les changements proposés auront des impacts néfastes sur la relance économique. L’immigration deviendra plus difficile ici qu’ailleurs au Canada, et le Québec perdra au passage son image de société ouverte à l’immigration et à la diversité.

On oublie trop souvent que, derrière les procédures administratives, il y a des personnes. L’approche proposée par le ministre détruira les projets de vie de milliers de personnes qui désirent s’installer au Québec. En effet, avec l’augmentation des années d’expérience requises et celle du délai de traitement, de nombreuses personnes seront piégées pour des périodes inconnues et prolongées dans un cercle de précarité et de vulnérabilité. De plus, l’absence d’une clause de droit acquis constitue une trahison pour la communauté étudiante internationale.

Parmi les changements, le gouvernement exclut des travailleuses et des travailleurs occupant des emplois peu qualifiés, alors que ces personnes offrent des services dits «essentiels» durant cette pandémie. Le PEQ doit être ouvert à toutes les personnes ayant accumulé une expérience de travail au Québec, et ce, sans discrimination fondée sur le niveau de qualification professionnelle. En outre, l’introduction d’exigences linguistiques pour les conjointes et les conjoints ne tient pas compte de la réalité. Nous revendiquons que les conditions favorables permettant d’améliorer efficacement la compétence linguistique soient mises en place par le gouvernement du Québec, notamment dans les milieux de travail, et que chaque demandeuse et demandeur et sa famille puissent accéder aux programmes de francisation de qualité.

Enfin, nous sommes très préoccupés par la tendance du gouvernement à favoriser l’immigration temporaire tout en réduisant les chances d’accéder à la résidence permanente. Nous aspirons à une vie stable et épanouissante, et ce, dans un avenir prévisible. Dans ce contexte, le gouvernement Legault est-il prêt à faire le sacrifice de nos précieux travailleuses et travailleurs et étudiantes et étudiants?

Association des travailleurs et travailleuses migrants du Québec (ATTMQ)

Association des travailleurs et travailleuses temporaires des agences de placement (ATTAP), Mostafa Henaway, coordonnateur

Association pour la défense des droits du personnel domestique de main et de ferme (ADDPD), Eugénie Depatie-Pelletier, présidente-directrice générale

Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Luc Vachon, président

Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier, présidente

Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI), Eric Shragge, président du conseil d’administration

Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau, président

Conseil central du Montréal métropolitain-CSN (CCMM-CSN), Dominique Daigneault, présidente

Conseil régional FTQ Montréal métropolitain (CRFTQMM), Marc-Édouard Joubert, président

Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer, président

Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Noémie Veilleux, présidente

Le Québec, c’est nous aussi, Thibault Camara, organisateur de la campagne

PINAY (Organisation des femmes philippines), Fiel Salazar, présidente

Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), Michel Pilon, coordonnateur

Table de concertation contre le racisme systémique, Will Prosper, coordonnateur

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichhold, directeur général

Union étudiante du Québec (UEQ), Jade Marcil