Paul Rose, quand même pas un héros

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Bien sûr qu’il est fascinant, ce film intitulé Les Rose et fait en l’espace de huit ans par Félix Rose, le fils de Paul Rose.

Ce dernier, mort en 2013 et qui est resté douze ans en prison, était un membre de la cellule Chénier du FLQ (Front de libération du Québec) qui, avec son frère Jacques ainsi que Bernard Lortie et Francis Simard a enlevé le 10 octobre 1970 le vice-premier ministre du Québec, Pierre Laporte, dont le corps sera découvert sept jours plus tard dans le coffre d’une voiture.

Félix Rose ne manque pas, d’abord, de nous présenter, images à l’appui, la piètre qualité des conditions de vie et de travail des Canadiens-français de l’époque dominés par les anglophones et contre lesquels certains vont choisir une lutte violente.

Il y eut aussi par exemple en ce temps-là des manœuvres électorales pas très catholiques afin d’apeurer celles et ceux qui souhaitaient une meilleure émancipation de la province comme ce triste coup de la Brink’s, trois jours avant les élections générales du 27 avril 1970, quand, du bureau de la Royal Trust à Montréal, neuf fourgons blindés furent chargés de billets de banque et partirent pour l’Ontario.

Puis, c’est quand on nous rapporte dans le film ce qui se passait à Gaspé à l’été 1969 autour de la fameuse Maison du pêcheur, assailli d’une jeunesse en mal légitime d’idéal (on reconnaît Plume Latraverse!), que j’ai songé qu’il y avait, en ce temps-là, une grande part de la population qui se trouvait à l’adolescence de la vie.

Par ailleurs, le film s’avère être largement le témoignage de Jacques Rose que l’habile réalisateur a fait parler en l’accompagnant, jour après jour, aux travaux de remplacement des fenêtres de sa maison, travaux qui se terminaient par de longues conversations et qui servent même à ponctuer le cours du film.

Nous en apprenons certainement un peu sur cette malheureuse crise d’octobre dont s’est aussitôt servi le gouvernement fédéral pour proclamer la Loi des mesures de guerre, arrêter 450 personnes de gauche et procéder à 36 000 perquisitions.

Et puis, on évoque un peu les arrestations, les procès qui ont suivi et pour l’anecdote, on s’arrête sur la tempête du siècle, le 4 mars 1971, une chute de neige massive qui a paralysé Montréal instantanément.

C’est aussi un peu, beaucoup, un film de famille où notamment la maman, Rose Rose, prend une place importante; c’est une activiste.

Mais Paul Rose n’est quand même pas un héros; ce qu’on voudrait peut-être un peu nous faire croire. Rien de romantique là-dedans. Jacques Rose non plus et quand dans le film, on nous montre l’accueil chaleureux qu’on avait fait à ce dernier lors d’un congrès du PQ en 1981, force est de reconnaître que René Lévesque avait raison d’en être abasourdi. Le FLQ a sali la cause.

Sachez qu’au lendemain de l’enlèvement de Laporte, le chef du Parti québécois propose au premier ministre Robert Bourassa un front commun québécois pour dénouer l’impasse accompagné d’une déclaration signée par 16 personnalités dont Claude Ryan, Jacques Parizeau, Camille Laurin, Louis Laberge, Fernand Daoust, Yves Charbonneau, Mathias Rioux, Marcel Pépin, Fernand Dumont et Guy Rocher.

Et voyez ici sa déclaration quand Pierre Laporte est trouvé mort: «Ceux qui, froidement et délibérément, ont exécuté M. Laporte, après l’avoir vu vivre et espérer pendant tant de jours, [...] ont importé ici, dans une société qui ne le justifie absolument pas, un fanatisme glacial et des méthodes de chantage à l’assassinat qui sont celles d’une jungle sans issue. [...] S’ils ont vraiment cru avoir une cause, ils l’ont tuée en même temps que Pierre Laporte.»

Attention, je ne dis pas de ne pas aller voir ce film produit par l’ONF mais quand, vers la fin, il y a une allusion favorable à Québec solidaire de la part de Jacques Rose, force est de songer, qu’hier comme aujourd’hui, les voies choisies pour tenter d’émanciper les nôtres diffèrent. Et que cela est sans doute le problème…

Réjean Martin
Trois-Rivières