Passer dans l’autre monde

OPINION / Quand j’étais jeune, j’entendais cette expression de la part de mes grands-parents et de la société d’alors au sujet d’une personne qui était passée dans l’autre monde. C’est ce qui est survenu pour quelque 4700 personnes âgées dans des CHSLD durant la pandémie actuelle. Quel sort a été réservé à nos vieux? On peut trouver mille excuses ou raisons: c’est la semaine de relâche, l’ouverture des frontières avec les États-Unis, etc, tout pour ne pas voir les vraies causes de cette catastrophe.

90 % des familles avec un parent dans les CHSLD ne mettent pas les pieds dans ces mouroirs. Voila pourquoi tous les gouvernements depuis 30 ans ne trouvent pas essentiel de s’occuper d’eux.

Paul Brunet, porte-parole pour la Protection des malades au Québec, dénonce et défend l’apport des proches aidants dans les CHSLD. Encore faut-il leur donner la place et croire en eux.

Pour une personne âgée, rongée par la maladie, la seule consolation qui lui reste est souvent celle de voir grandir ses petits-enfants. À l’inverse, personne ne désire mourir seul, déshydraté sans soin et laissé dans ses excréments.

Le gouvernement actuel n’a pas su se préparer rapidement à la situation.

Et voilà qu’il fait appel à tous pour être préposés aux bénéficiaires. Je réponds attention: il est urgent de ne pas s’affoler devant ces milliers de personnes soudainement intéressées à faire ce métier. Il s’agit d’un poste qui exige des qualités essentielles comme l’équilibre émotif et le sens de l’initiative auprès d’aînés en CHSLD qui ont besoin de jaser même si ces personnes ne le demandent pas. Il faut également beaucoup de calme, de patience, de discrétion et une résistance au stress. Une quasi-vocation quoi! Je connais moi-même une jeune qui a suivi son cours de 870 heures mais qui a choisi de s’orienter ailleurs ne se sentant pas suffisamment outillée pour ce type de travail.

Le vrai scandale pour les 70 ans et plus décédées, c’est la mort vécue dans la solitude, l’indignité et le non-respect. La valeur de la vie de nos vieux n’est pas juste une statistique, un bilan quotidien. Ce sont des PERSONNES avec un NOM.

Ces personnes n’ont même pas eu droit à des funérailles alors que la Santé publique tolérait ou blâmait du bout des lèvres le rassemblement du 6 juin à Montréal. Difficile de comprendre cela alors que des enfants ne peuvent pas assister aux funérailles de leur mère ou père et ni faire leur dernier adieu.

Finalement, je suggère de tenir un registre des personnes âgées décédées durant la pandémie et de sortir les CHSLD des CIUSSS afin de reconnaître correctement la place et la dignité de bien-aimés grands-parents.

André Gendron

Shawinigan