Les auteurs de cette lettre soutiennent que le vote des employés d’ABI lundi, contre l’offre d’Alcoa, était un cri du cœur dans l’espoir d’obtenir un règlement juste.

Pas un cri de victoire, mais un cri du cœur

OPINION / Lundi soir, ce n’est pas un cri de victoire que nous avons lancé, nous les lockoutés d’ABI. C’est plutôt un cri du cœur. C’était l’espoir d’obtenir un règlement juste.

Avec énormément de courage, tous ensemble, nous avons dit NON au géant américain de l’aluminium, Alcoa. Nous ne l’avons pas fait de gaieté de cœur. C’est une décision pragmatique. Nous ne l’avons pas fait simplement parce que les offres n’étaient pas négociées, mais bien parce qu’elles étaient inacceptables!

Nous souhaitons tous ardemment rentrer au travail rapidement. Quatorze mois de lock-out, c’est très éprouvant! Pour le moral, pour le budget, le couple, la famille, les loisirs, la santé... Les émotions sont intenses: stress, angoisse, colère, irritabilité, impuissance, découragement...

Au jour le jour, on subit des insultes, propos haineux et tous les commentaires gratuits de ceux qui prédisent la fermeture de l’usine. Déjà que nous vivons l’épreuve et l’incertitude du conflit, pourquoi devons-nous endurer tant de méchanceté de gens mal renseignés? On n’a pas besoin de tout ça!

Au fait, je n’entends jamais des critiques aussi vives de ces multinationales étrangères qui viennent siphonner nos ressources naturelles à des taux préférentiels. Ce sont pourtant elles qui nous ont mis en lock-out.

On nous reproche d’avoir les conditions de travail parmi les meilleures du secteur industriel au Québec. Soyons clairs, nous ne revendiquons rien de nouveau. Le salaire n’est même pas en jeu.

Nous souhaitons simplement préserver des emplois de qualité obtenus au cours des 30 dernières années, pour nous et pour ceux qui viendront après nous.

Les dernières offres montrent le mépris d’Alcoa pour ce qui devrait être la plus importante ressource d’une entreprise: ses travailleurs.

Alcoa et ses dirigeants multimillionnaires ne cessent d’exiger toujours plus de concessions, notamment au chapitre des organisations du travail, des horaires de travail, du régime de retraite, du respect de l’ancienneté, du recours à la sous-traitance et des abolitions de postes. Par souci d’alimenter la grogne dans la population, l’employeur a mis l’accent dans son communiqué sur les salaires, une question qui n’a pourtant jamais été en discussion.

Pour comble d’insulte, Alcoa se réservait le droit, dans son protocole de fin de lock-out, de faire durer le retour au travail sur une période d’au moins dix mois, pendant laquelle elle pourrait recourir à des cadres, des travailleurs non syndiqués, des sous-traitants et des gestionnaires pour les opérations de redémarrage.

Une carte truquée

Alcoa ne respecte pas son pacte social avec la société québécoise: celui de maintenir des emplois de qualité en échange d’électricité à des tarifs avantageux.

Le gouvernement par sa trop grande discrétion se fait le complice d’Alcoa en finançant le lock-out, à raison de 165 millions $ en 2018.

Les négociations sont déséquilibrées par une carte truquée: la fameuse clause de force majeure qui permet à Alcoa de se soustraire à ses obligations de payer pour le bloc d’énergie qui lui est réservé.

Ça ne passe pas

Notre réponse au mépris d’Alcoa est claire: ça ne passe pas! On mérite de se faire respecter.

Merci à tous ceux qui respectent notre décision d’avoir refusé ces offres et qui commentent dans les médias de façon respectueuse. Merci aussi aux plus de 400 syndicats à travers le Québec qui nous appuient! Nous levons aussi notre chapeau bien haut à notre président Clément Masse, aux membres de l’exécutif et à tous ceux qui se dévouent pour qu’on puisse se faire respecter et obtenir un bon contrat négocié. Ils croyaient nous briser, ils nous ont plutôt unifiés!

Force, solidarité, respect!

Stéphane Vermette

Bureau et Technique

Technicien de procédé à l’électrolyse

6 années de service

Alain Dufresne

Secteur électrolyse

Formateur

28 années de service

Janie Pelletier

Bureau et Technique

Adjointe administrative à l’approvisionnement

13 années de service

André Beaudoin

Fonderie sous-secteur froid

Sorteur-scieur, poste aboli

25 ans de service

Dave Gilbert

Électrolyse, sous-secteur Services à l’électrolyse (SAE)

Opérateur

7 ans de service

Jacques Légaré

Secteur Manutention et transport

Opérateur Station de lavage, poste qui sera désormais donné en sous-traitance

28 ans de service

Mart Gauthier

Secteur carbone, sous-secteur scellement

Opérateur

8 ans de service

Caroline Dion

Secteur électrolyse

Opératrice

5 ans de service