Pas facile de gouverner deux solitudes...

OPINION / La meilleure explication concernant l’affaire SNC-Lavalin qui perdure depuis un mois entre Justin Trudeau et Mme Wilson-Raybould a été donnée par le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin, dans Le Nouvelliste du samedi 9 mars. Il est allé droit au but et je le cite: «Si le siège social de SNC-Lavalin était à Toronto, est-ce qu’on aurait eu le même niveau d’indignation dans le ‘‘Rest of Canada’’? Hum...!»

Il n’a pas tergiversé avec les jours, les dates et les heures où les échanges eurent lieu entre les deux clans. Il a tout simplement crevé l’abcès. On peut dire que c’est du «Québec Bashing» sans se tromper. Pourtant, Mme Wilson-Raybould s’attend à être respectée si on considère son origine et pourquoi pas les Québécois aussi?

Lors d’un séjour à Victoria en Colombie-Britannique, je fus abordée par une inconnue qui n’a pu souffrir d’entendre parler français. Elle m’a dit que les séparatistes n’avaient pas d’affaire à Victoria et que je me devais de retourner au Québec. Calmement, je lui ai fait entendre que je n’étais pas séparatiste et que même si je l’étais, le Canada était encore mon pays jusqu’à maintenant et que j’étais ici chez moi. Heureusement, tous les gens ne sont pas comme ça dans l’Ouest canadien.

Les séparatistes ne sont pas tous québécois. Il y en a en Colombie-Britannique qui aimeraient bien faire partie des États-Unis, leurs voisins les plus proches et s’éloigner d’Ottawa.

On peut se poser des questions sur les problèmes de communication entre le bureau de Justin Trudeau et celui de son ancien secrétaire principal, Gerald Butts. Ce dernier était son éminence grise et j’ajouterais aussi la béquille sur laquelle il s’appuyait beaucoup.

Comme premier ministre du Canada, il l’affirme lui-même, son père, Pierre Elliott Trudeau et lui-même étaient très différents l’un de l’autre. Le premier étant cérébral et le deuxième, émotif. Il est difficile de trouver un équilibre entre ces deux excès. Après avoir tout vu de son charme, de ses selfies, de son voyage en Inde, de sa popularité internationale, il est temps qu’il s’attaque aux vraies affaires. Son empathie envers les autres est touchante, mais il faut de l’action, des décisions et de la fermeté.

Je peux comprendre qu’il se sente coincé entre l’arbre et l’écorce, prenant à cœur la suite des choses de SNC-Lavalin au Québec et tentant de ménager la susceptibilité des autres provinces.

Cela ne doit pas être facile de gouverner les deux solitudes.

Jocelyne Bruneau

Trois-Rivières