L’auteur du texte propose d’accompagner les jeunes dans cette nouvelle réalité.

Pas en opposition, plutôt en accompagnement

L’auteur, Louis Gendron, est directeur général du Cégep de Trois-Rivières. Il a répondu à l’invitation du Nouvelliste en écrivant ce texte, offrant le point de vue d’un représentant d’un établissement d’enseignement dans le contexte de la légalisation du cannabis.

Le cannabis est maintenant légal depuis le 17 octobre. Nous ne pouvons pas nier qu’au sein des institutions d’enseignement comme la nôtre, la légalisation du cannabis suscite des craintes. Nous nous soucions des répercussions de la légalisation sur les étudiants qui fréquentent nos établissements puisque les plus récentes données statistiques canadiennes révèlent que les jeunes âgés de 20 à 24 ans constituent le principal groupe d’âge à avoir fait usage de cannabis au cours de leur vie (53,7 %). Quelle sera cette statistique alors que l’usage de cannabis est maintenant permis? Toutefois, nous sommes conscients que cette situation faisait déjà partie de notre environnement. Situation pour laquelle nous n’avions officiellement que peu d’information et dont nous ne pouvions discuter ouvertement avant la légalisation.

Depuis sa création il y a 50 ans, le Cégep de Trois-Rivières est actif dans la promotion des saines habitudes de vie et la prévention des risques associés à la consommation du tabac, de l’alcool et des autres substances psychoactives comme le cannabis. La légalisation du cannabis suscite donc de nombreux questionnements sur son encadrement ainsi que des inquiétudes quant à ses effets sur les jeunes adultes qui fréquentent notre établissement, compte tenu, notamment, du taux élevé de consommation de cette substance chez les 18 à 25 ans.

Selon le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies, la consommation régulière et précoce de cannabis est associée à de nombreuses conséquences sur le fonctionnement cognitif et peut entrainer un risque accru de troubles de santé mentale. Nous espérons que la légalisation du cannabis ne soit pas pas synonyme de banalisation et de normalisation. Nous espérons également qu’elle n’incite pas des jeunes qui n’en auraient pas autrement consommé à «l’essayer» maintenant qu’un tel geste est maintenant légal…

Du côté du Cégep de Trois-Rivières, ce dossier s’articule autour de trois volets: le volet légal, le volet sensibilisation et le volet accompagnement. D’un point de vue légal, même si la loi autorise un adulte à posséder jusqu’à 30 grammes de cannabis dans un lieu public, la possession de cannabis demeurera interdite sur les terrains et dans les bâtiments du collège.

Pour le volet sensibilisation, nous préconisons une approche visant à éduquer en vue d’une consommation responsable et à prévenir les risques associés à l’usage du cannabis, surtout chez les jeunes adultes, qui représentent la majorité de notre population étudiante. Pour faire un choix éclairé, les étudiantes et les étudiants doivent avoir accès à de l’information compréhensible et vulgarisée afin qu’ils deviennent responsables de leurs choix. Nous parlons quand même ici d’une substance qui est accompagnée de risques. Pour diminuer ces risques, nous désirons augmenter la connaissance de notre communauté étudiante. D’ailleurs, une campagne de sensibilisation et d’information est déployée et s’étalera sur plusieurs semaines par notre Service d’animation sociocommunautaire sur les effets de la consommation sur la santé physique et psychologique. Également, nous poursuivrons nos activités de promotion des saines habitudes de vie et notre soutien psychosocial aux étudiantes et aux étudiants. Nos campagnes d’informations porteront sur les effets du cannabis ainsi que sur la législation en vigueur.

Quant au volet accompagnement, il vise à outiller les membres du personnel et la communauté enseignante sur la façon dont nous voulons agir, principalement en prévention, afin non pas de punir, mais d’accompagner les personnes aux prises avec des dépendances à se sortir de cette fâcheuse situation. En ce sens, une collaboration a été établie avec le CIUSSS afin de bien accompagner les étudiants concernés.

Le Cégep de Trois-Rivières forme des citoyens responsables, capables de porter un jugement critique face à la société dans laquelle ils vivent. En ce sens, nous ne nous placerons pas en opposition à cette réalité, mais plutôt en accompagnement de cette réalité.