Pas d’abattoir en vue

En réaction à la lettre d’Henri Provencher intitulée «Aide à mourir ou permis de tuer?», publiée dans notre édition du 14 janvier dernier.

Je crois que les craintes de monsieur Henri Provencher de voir apparaître des abattoirs pour humains font partie d’une surenchère d’émotivité chez certains qui croient que la vie, quelle qu’en soit sa qualité, est à préserver à tout prix. Dans la vie de tous les jours, nous nous donnons peu de temps pour réfléchir à ce que serait notre fin de vie. L’image parfaite de se coucher le soir pour ne jamais se réveiller correspond rarement à la réalité.

Je ne peux pas parler au nom des propriétaires d’animaux de compagnie en souffrance, mais je crois que l’euthanasie démontre une compassion d’une saine humanité.

Pour l’aide médicale à mourir, c’est cette saine compassion humaine qui est mise de l’avant. Dans les cas des animaux de compagnie, c’est nous qui décidons pour eux alors que l’aide médicale à mourir doit venir de la personne elle-même. C’est la reconnaissance qu’une personne humaine peut décider de sa fin de vie sans obligatoirement commettre un acte illégal. En fait, l’aide médicale à mourir est venue combler une lacune évidente dans notre système de justice qui ne différenciait pas le meurtre, le suicide et l’euthanasie. Pas d’abattoir en vue!

Il suffit de considérer les alternatives pour s’en convaincre; suicide ou assistance non médicale (avec risque de survivre avec plus de séquelles), provocation d’accident infligeant des innocents, assistance non médicale avec judiciarisation des assistants. Le plus difficile à accepter, pour moi, est l’acharnement thérapeutique pour maintenir «en vie» une personne (et j’espère ne jamais en arriver là personnellement), par artifices techniques seulement. Cet acharnement est une pratique plus inhumaine que l’euthanasie!

Selon moi, l’argumentation de voir déraper l’aide médicale à mourir n’est pas fondée. Je ne vois rien dans la loi actuelle ni les propositions récentes qui tendent vers l’animalisation de l’humanité. Juste une saine compassion qui reconnaît aux personnes le droit de décider de leur fin de vie en tout respect de leur qualité de vie.

Toujours pas d’abattoir en vue!

Jacques Marchildon

Saint-Adelphe