Le professeur et économiste Pierre-André Julien rappelle que les politiciens sont souvent champions des reniements et que pour que l’électorat passe l’éponge, certains d’entre eux misent sur leur image et sur les perceptions. Comme Philippe Couillard lorsqu’il a accordé cette entrevue légère lors du Zoofest.

Parole donnée, parole cassée, cinq fois à payer... pour nos deux gouvernements

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

«Parole donnée, parole cassée, cinq fois à payer.»

Mon grand-père Lampron me répétait ce vieux proverbe, tout en ajoutant de temps en temps «surtout quand la promesse a été prononcée devant tout le monde». Comme l’ont fait Trudeau et Couillard en signant ou cautionnant les engagements de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques. Le premier en s’engageant à diminuer de moitié la production de CO2 en 2030, notamment en recourant à une taxe sur le carbone de 10 $ la tonne, cette année, et 50 $ en 2022. Taxe pourtant trop faible pour atteindre ses objectifs, comme l’a estimé l’OCDE. Et le second, en promettant de limiter l’usage du pétrole par un recours encore plus important au transport collectif et à un soutien croissant à l’achat de voitures électriques, achat qui demeure toujours famélique.

Or, alors que nous ne sommes qu’à douze ans des premiers objectifs déjà trop faibles pour soutenir les engagements de long terme, ces deux gouvernements les renient en expliquant qu’il faut protéger la capacité concurrentielle de nos entreprises. Alors, aussi, que notre économie tourne à plein régime et permet donc d’agir en attendant que celle-ci puisse absorber ses effets négatifs. Le premier en sauvant de la faillite le projet TransMountain avec 4,5 milliards $ de nos taxes, projet qu’aucune entreprise privée ne veut racheter, car non rentable, et en diminuant de 20 % à 10 % la part de la production de carbone qui sera taxée, et le second, en ajoutant nos lacs et nos rivières aux possibilités d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière, malgré les promesses répétées du ministre Pierre Moreau.

On pourrait penser que ces ministres, enfermés dans leur bureau, leur domicile et leur voiture climatisée, ne savent pas encore que la température et la longueur des canicules de cet été ont déjà franchi tous les records historiques et que les experts parlent que la vitesse croissante à laquelle fondent les glaces de l’Antarctique et du Groenland fera monter l’eau des océans non pas d’un, mais bien de deux mètres. Faisant en sorte que toutes les habitations sur les berges du fleuve seront submergées jusqu’au centre-ville de Montréal. Mais, on peut aussi espérer qu’ils sortent un jour de leurs tanières pour défendre ces promesses en vue des élections d’octobre 2019, dans le premier cas, et d’octobre de cette année, dans le second.

Mon grand-père aurait dû ajouter que ce proverbe vaut encore plus chez ces politiciens qui sont capables de répéter que leurs reniements sont pour le bien de la population, et qu’il suffit de multiplier les égoportraits ou de répondre à une humoriste en rappelant que son surnom était Philou quand il était jeune, pour que nous oubliions leurs engagements et revotions pour eux.