Parlons phobies

Le 29 janvier 2017, un geste de haine était perpétré à la Grande mosquée de Québec et fauchait six vies. Le Québec dénonçait alors d’une seule voix cette horreur qui marquera la mémoire collective des Québécois. Le Conseil national musulman du Canada demande aujourd’hui au premier ministre Trudeau de décréter le 29 janvier Journée contre l’islamophobie.

Wikipédia: «Une phobie est une peur démesurée et irrationnelle d’un objet ou d’une situation». Aussi: «L’islam est une religion monothéiste révélée au prophète Mahomet à La Mecque, au VIIe siècle».

Les traits de la culture arabo-persique et islamique sont nombreux dans notre quotidien, le plus connu en étant sans doute nos chiffres… arabes. La contribution de la culture du Moyen-Orient inclut, outre la poésie d’Omar Khayyam, une contribution extraordinaire en astronomie, en arts, en médecine et mille autres richesses qu’on ne découvre que dans l’ouverture à la diversité.

En revanche, c’est aussi à la culture persane que nous devons, raconte-t-on, les racines du terrorisme tel qu’on l’affronte aujourd’hui. C’est en effet à Alamut, à une centaine de kilomètres au nord de Téhéran, que se serait réfugiée une communauté rebelle à l’autorité de l’Empire turc au onzième siècle, et à défaut d’armée puissante, se serait développée la pratique d’attentats politiques dans la réalisation desquels l’assassin allait laisser sa propre vie.

Les musulmans veulent vivre dans la paix et le bonheur. Une peur des musulmans alors que bien peu d’entre eux aspirent au sacrifice serait donc, bien sûr, irrationnelle.

Faut-il dénoncer l’islamophobie? Bien sûr. En ceci, je suis d’accord avec Justin Trudeau, Philippe Couillard et Gabriel Nadeau-Dubois, mais aussi François Legault et Jean-François Lisée. Tout le monde dénonce l’islamophobie. Pourquoi ce tollé alors? Parce que le mot est désormais chargé d’un poids politique toxique. Trop peu de temps après l’attentat de la mosquée de Québec, la tentation d’associer nationalisme à islamophobie s’est faite trop forte pour MM. Trudeau, Couillard et Nadeau-Dubois, et ce à l’encontre des chefs «nationalistes». Voilà pourquoi une Journée contre l’islamophobie risque, à son tour, de diviser au lieu de rapprocher.

Tous les gestes de haine doivent être dénoncés, rappelés et contrés, y inclus celui du caporal Lortie en 1984 à l’Assemblée nationale, de Richard Henry Bain contre la première ministre Marois, de Michael Zehaf-Bibeau contre le Parlement d’Ottawa, ceux de Dawson et de Polytechnique et de trop nombreux autres. Tous.

Toutefois, que cette haine abjecte puisse être récupérée à des fins partisanes à huit mois d’une élection générale aux dérapages probables est une phobie que j’espère en effet «démesurée et irrationnelle».

Yves-François Blanchet

Shawinigan