Pâques, une victoire pour qui?

OPINIONS / Pour plusieurs, ces chants de triomphe et de joie qui montent des églises, au matin de Pâques, ont quelque chose de choquant. Est-il possible, en ces temps tragiques, d’afficher des airs de triomphateur? Le Christ, nous a-t-on dit, a vaincu la mort et les forces du mal. Où est donc cette fameuse victoire?

Qui oserait chanter un alléluia au pied du lit d’un cancéreux en phase terminale? Communiquer la joie pascale à cette personne âgée qui, à sa fenêtre, regarde passer les autos et les heures? Parler du salut enfin réalisé à ce chômeur qui n’espère qu’un emploi?

Quoi qu’il en soit, un chrétien a raison de chanter ses alléluias car le Christ, en ressuscitant, a vraiment triomphé de la mort et du mal. Pourtant, il n’a aboli ni la mort ni le mal. La majorité des Apôtres sont morts de mort violente. Les chrétiens, qui ont cru à la Résurrection, n’ont pas été plus épargnés par la maladie et les déceptions que ceux qui n’y ont par cru. Ils sont morts comme tous les autres. Et, encore chaque jeudi, Le Nouvelliste nous rappelle que la grande faucheuse est à l’œuvre au même rythme, sans exception de personne.

Comprenons-le bien, la grâce de Pâques n’est pas de nous mettre à l’abri de la souffrance et de la mort. Jésus a passé par là. Il nous a précédés. Il nous a ouvert comme une brèche par où nous pouvons déboucher, non sur un mur mais sur une autre vie, une autre rive.

Si la lumière de Pâques nous inonde parfois, il n’en reste pas moins que nous marchons dans la grisaille du Vendredi saint. Impossible d’escamoter la croix, de sauter les étapes. Les marchands de bonheur d’occasion font naître en nous une grande illusion qui, bientôt crevée par la vie quotidienne, laissera un goût amer.

Grâce à Pâques, le chrétien, tout en acceptant la réalité rugueuse, éprouve une joie et une paix profonde. Au risque de passer pour naïf!

Jean Panneton, prêtre

Trois-Rivières