Où est le vrai blocus?

OPINIONS / Savez-vous qu’en Mauricie, depuis des centaines d’années, il y a un blocus contre la Nation Atikamekw, sa culture, sa langue et sa souveraineté sur le territoire ? «Si cela peut vous consoler», c’est aussi la même chose à la grandeur du Canada avec les autres Premières Nations.

Pensez à la négociation gouvernementale avec le Conseil de la Nation Atikamekw pour une entente sur le développement économique, 40 ans de blocage et de «taponnage» au détriment des Atikamekw.

Pourtant en bon allier, les Premières Nations nous ont traités comme des frères et sœurs. Ils ont partagé leurs territoires et connaissances. Pour survivre, il aura fallu apprendre leurs manières de vivre et de penser. On pourrait dire qu’ils ont marqué «au fer rouge» notre identité nationale.

Nous, on se retrouve aujourd’hui, comme peuple, un peu comme des «Mini Wheats de Kellogg’s», un côté nature et un petit côté givré blanc. Un côté givré d’Européen conquérant et colonialiste pour tasser et brimer les Premières Nations. De l’autre, un côté nature au cœur autochtone. Il va falloir «sacrer une bonne raclée», aux résidus de la mentalité colonialiste en nous, qui perdure encore aujourd’hui. Si on veut trouver des solutions.

Pour bien vous faire comprendre ce qui se passe, je vais vous raconter une petite histoire de famille. Mon grand-père Donaldson avait deux sœurs dans la «haute ville de Québec»; elles manquaient de savoir-vivre et de politesse! Mon grand-père disait: «J’ai deux sœurs, deux folles!» Quelquefois, en leur rendant visite, il sonnait par la porte d’en avant, il n’avait pas de réponse. Mais il les voyait à travers la fenêtre, les deux «bonnes femmes» se cachaient dans le salon, pour faire croire qu’elles étaient absentes.

Vous savez qu’on a sorti de notre histoire et de nos vies les Premières Nations, par la porte d’en arrière. Pour briser le blocus, le 8 septembre 2014, en Mauricie, la Nation Atikamekw a sonné par la porte d’en avant avec la Déclaration de Souveraineté Atikamekw Nehirowisiw! Pas pour quêter, mais pour rentrer et revenir dans nos vies. Qu’est-ce qu’on fait? On se cache dans le salon comme les deux folles! C’est justement pour répondre à ce «petit problème technique» que j’émets mon opinion et que j’ai mis d’avant le Pacte d’Alliance. C’est une question d’être poli et reconnaissant envers les Premières Nations.

Pour mettre fin au blocus, c’est à notre tour d’être de bons alliés, avec respect, curiosité et une grande ouverture d’esprit, pour agrandir notre cercle pour inclure les Premières Nations. Sans nier notre souveraineté, mais pour la rendre légitime, on doit automatiquement reconnaître la souveraineté de la Nation Atikamekw. Il ne peut y avoir de réconciliation sans souveraineté-association avec le Nation Atikamekw et les Premières Nations.

Il n’y a rien qui vous empêche sur une base personnelle d’appuyer la souveraineté Atikamekw. Pacifiquement et démocratiquement, vous pouvez faire un pacte d’alliance. Écrivez dans vos propres mots un petit texte, qui dit que vous êtes d’accord de reconnaître et partager la souveraineté en s’associant avec la Nation Atikamekw, sur la base que les Premières Nations sont nos alliées, nos frères et sœurs. Envoyez au Conseil de la Nation Atikamekw avec votre signature.

Vous deviendrez un allier. Et être un allier, de la Nation Atikamekw et des Premières Nations, cela veut dire que si les cultures des Premières Nations sont dénigrées, c’est notre propre culture qui est dénigrée. Que si la langue Atikamekw n’est pas une langue officielle, reconnue et enseignée pour tous sur ce territoire, c’est notre propre langue qui n’est pas officielle. Que si la souveraineté Atikamekw n’est pas admise, c’est notre propre souveraineté légitime qui est bafouée. C’est ça, être un allier!

Yves Donaldson

Trois-Rivières