Où es-tu Marilyn?

OPINIONS / «Où es-tu?» est une série documentaire troublante portée par Marie-Claude Barrette et dont les deux premières saisons nous ont présenté des témoignages fort intéressants.

J’espère que l’équipe de Madame Barrette et TVA trouveront le temps de se pencher sur la façon dont a été traité le meurtre de la petite Cédrika par les policiers, la justice. Une fois que le procureur a fait annuler l’enquête en raison du fait que les policiers n’avaient pas demandé de mandats, le principal suspect a été libéré de tous soupçons.

La question qu’il faut se poser est pourquoi les enquêteurs n’ont pas pris soin de demander des mandats en sachant fort bien que tout ce qu’ils allaient trouver ne servira à rien sans cela? Sauf à disculper le suspect.

Ils cherchent vraisemblablement en ce moment un suspect de substitution pour satisfaire l’opinion publique. Il va falloir des adultes en esprit pour que justice se fasse. On n’est pas sorti du bois.

La plupart se fient entièrement au travail des enquêteurs dans les cas de disparition. Moi je sais qu’ils sont faillibles comme n’importe qui. Il y en a d’excellents comme dans toutes les professions; toutes les sphères de la société.

La majorité va s’aligner tête baissée sur les valeurs dominantes, pas nécessairement par méchanceté, mais plus souvent par incapacité de tenir en tête des idées qui s’opposent ou qui entrent en opposition avec celles qui sont admises.

Le jeune Omar Khadr a été chanceux de trouver un avocat et une psychiatre qui se sont tenus debout. Le reste des professionnels l’avaient vite incriminé pour plaire aux militaires qui cherchaient à l’écrouer continuellement à Guantánamo même s’il avait agi par légitime défense. Et ce n’est pas parce qu’ils ne connaissaient pas la règle de la légitime défense.

Voilà pourquoi je me sens en devoir d’intervenir.

J’ai un background intéressant en psychologie et une personnalité qui sait apprécier les vertus de l’objectivité.

Ça me fatiguait, lors du documentaire, d’entendre ses parents dire que Marilyn ne se décidait pas à révéler ce qui en était de ce qu’elle avait vécu, pour comprendre enfin que ce faisant, elle voulait protéger ses proches qui auraient été en danger eux aussi l’avoir su.

C’est vrai que le crime organisé a le bras long et qu’il aurait pu s’en prendre à sa famille, mais il me semble que les autorités policières auraient pu les protéger. Elle n’était peut-être pas en mesure de réagir adéquatement dans sa position stressante.

Ou elle ne croyait pas à l’efficacité ou encore à l’indépendance du moins d’une partie desdites forces d’avec le monde interlope.

Questionnée à savoir si elle avait été témoin d’un meurtre, elle répondait «c’était pire que ça». Même réponse si on lui demandait cette fois si c’était un viol?

Qu’est-ce qui est pire qu’un meurtre ou un viol?

Probablement de rendre complètement impotente, ou à l’état végétatif une esclave sexuelle qui aurait tenté de fuir. La peur extrême de Marilyn pourrait trouver sa justification dans ce type de sévices.

Si tout semble se tenir, ici, ça laisse croire que le construit correspond à la réalité. Même si ce qui la faisait craindre autant était différent, il serait assurément de nature semblable; de l’ordre de l’impensable.

J‘encourage les journalistes et les chercheurs dignes de ces nom à se pencher sur ces cas parce qu’ils représentent à peu près les seuls en mesure de faire preuve d’objectivité.

Le reste est comme condamné, de par leur structure cognitive, à s’aligner sur la thèse dominante retenue combien de fois, même si beaucoup d’éléments la contrediraient.

Jean Rousseau

Trois-Rivières