OPTILAB: on peut encore freiner le train

L’auteure, Sylvie Godin, est la représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) pour le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Dans son discours inaugural, le 28 novembre dernier, le premier ministre Legault déclarait: «Dans les réseaux de la santé et de l’éducation, les réformes successives et l’instabilité budgétaire ont ébranlé les professionnels. Les méthodes de gestion trop rigides et la lourdeur administrative sont démoralisantes pour les employés et nuisent à l’efficacité gouvernementale. On doit renverser cette tendance.»

Tous et toutes se souviennent de la «tendance» de l’ancien gouvernement, hypercentralisatrice et sourde aux appels à la raison, laquelle a causé beaucoup de tort au réseau de la santé et des services sociaux. Mais cette tendance est-elle révolue pour autant? Sûrement pas en ce qui concerne la réforme des laboratoires médicaux appelée OPTILAB, une réforme dont l’orchestration sur le terrain est du «Barrette» pur jus.

Le déploiement d’OPTILAB suscite des grincements de dents partout dans le réseau. C’est le cas en Mauricie et dans le Centre-du-Québec, où le transfert des analyses de laboratoire de biologie médicale de nombreux hôpitaux régionaux vers le Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières a récemment commencé. Heureusement, notre syndicat a sonné l’alarme et insisté pour obtenir des améliorations, finalement consenties, mais d’importantes inquiétudes demeurent.

Qu’arrivera-t-il quand un véhicule transportant des échantillons aura un accident, qu’il sera retardé par des intempéries ou par la fermeture du pont (seul lien entre les deux rives), ou encore exposé trop longtemps à la chaleur par temps de canicule? Qu’arrivera-t-il en cas de bris des appareils (situation fréquente) dans le seul laboratoire qui fera désormais ces analyses, avec tout l’engorgement que cela suppose? Quel est le plan B pour tous ces scénarios susceptibles de compromettre l’intégrité des échantillons? Rappeler les patients pour refaire leur prélèvement?

Transporter des échantillons sur plusieurs dizaines de kilomètres implique également davantage de manipulations et de gestion, ce qui augmente les risques d’erreur et les délais. Dans plusieurs cas, il serait plus facile et plus rapide de faire les analyses sur place. Où est alors le gain d’efficacité visé par la centralisation? Et où sont les économies attendues si on calcule les coûts reliés au transport (incluant le matériel requis, très spécialisé), les frais de formation ainsi que la perte d’expertise découlant des abolitions de poste et des multiples réorganisations?

Et qu’en est-il du facteur humain? Parmi les technologistes médicales, c’est l’incertitude et l’insécurité qui règnent. Qu’est-ce qui les attend à moyen et long terme, la réforme devant s’étaler sur plusieurs années? Elles ne le savent pas. L’effet sur le moral est dévastateur. Ainsi, certaines ont déjà choisi d’anticiper leur retraite ou de réorienter leur carrière. Alors que le projet devait notamment contrer la pénurie de main-d’œuvre, OPTILAB a plutôt l’effet contraire, poussant à l’exode le personnel en place et rendant la profession beaucoup moins attrayante pour la relève.

Tant de problèmes devraient nous alerter. Récemment, la ministre McCann a annoncé la défusion des laboratoires du Centre hospitalier universitaire de Montréal et du Centre hospitalier universitaire mère-enfant (CHU) Sainte-Justine. Une décision éclairée. Son cabinet se dit «en réflexion» sur OPTILAB. Il est encore temps de mettre le pied sur le frein et de réévaluer l’itinéraire avant que le train n’ait pris trop de vitesse et qu’il soit trop tard pour réparer les dégâts.