L’auteure de cette lettre dénonce la violence faite aux femmes et met en évidence leur désir de vivre.

On est tannées de mourir!

OPINIONS / Récemment, à Lachute. Elle avait 13 ans. Tuée, avec préméditation. Par un ami de la famille, dans la cinquantaine. En Russie: une jeune maman. Les deux mains tranchées, à la hache. Par son conjoint. Il connaissait le boisé.

La liste de femmes qui sont tuées parce qu’elles sont des femmes ne cesse de s’allonger. Qui êtes-vous? Mais qui êtes-vous? Hommes de Cro-Magnon qui persistez à vivre dans vos cavernes, et n’en sortez que pour peindre de rouge le paysage? Le rouge: en guise de signature…

Vous, qui avez séjourné dans nos ventres doux et ouatés; vous, qui avez pris forme à même nos entrailles; vous, qui avez mères, sœurs, tantes et amies; vous, qui travaillez, festoyez, dormez avec nous, comment pouvez-vous nous tuer? Comment? Encore une fois: qui êtes-vous, qui êtes près de nous tout en étant si loin?

Écoutez bien ceci: nous ne voulons pas mourir, nous n’avons jamais voulu mourir. À cause de vous. La mèche courte? La coche qui pète? Disons d’emblée qu’elles appartiennent à quelqu’un. Ce quelqu’un en est entièrement responsable. Il lui revient de les gérer.

Voici notre déclaration suprême, laquelle s’étend au-delà du 8 mars: «Nous voulons vivre. Vivre avec vous, et parfois, sans vous. Cela, sans craintes d’être tuées.» Tuées en chemin. Chemin faisant, vers soi.

Assez, c’est trop. Nous tenons nos vies – et souvent celle de nos enfants – à bout de bras. À bout de fins de mois inéquitables. À bout de patience et de silences; de mises en doute de nous-mêmes. Nous n’en finissons pas de mourir. D’entendre mourir. De voir mourir, de se voir mourir. L’une après l’autre. À petit feu ou d’un seul coup porté.

De la résilience? Nous en avons. Même, à revendre! Mais nous sommes épuisées de mourir, nous sommes épuisées d’être courageuses. Notre grand désir est d’être heureuses. Tout porte à croire que Damoclès nous a choisies. Vivre en sursis n’est pas un privilège. Des femmes meurent encore au combat. De simplement vivre. Selon les statistiques et certains jours qui se succèdent comme une habitude, ça sent la mise en terre. Prématurée. Oui. On est tannées de mourir.

Que faire alors? Faut-il encore marcher? Marcher sous le soleil ou sous la pluie. Avec, souvent derrière – et même devant – le mépris. Faut-il occuper les rues, ruelles et tribunes du monde entier? Placarder les commerces? Ériger des barricades?

Se pencher sur la problématique avec de volumineux rapports d’experts est révolu. Se redresser s’impose. C’est la position du courage et de l’agir.

Que faire? Simplement, tout faire! Vouloir. «Il faut rêver si fort, que devenir se fait.» (David Goudreault). Rêver un monde meilleur, au point où mourir-au-féminin deviendrait chose du passé.

Or, comme les portes closes relèvent d’un phénomène universel, et comme la poussière finit par s’incruster, il est fort à parier qu’il faudra s’armer de patience. D’autres s’arment… de préjugés vieillots, de désirs de contrôles malsains et d’une pensée misogyne tenace.

Oyez! Je suis à la recherche de colonnes vertébrales, parfaitement redressées, pour faire trembler les colonnes du temple. Patriarcal.

Dans ce cri du cœur, je nous ai toutes en tête, femmes du monde entier. D’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il nous reste à veiller. À veiller sur nous. En tout temps et en tous lieux. Certaines de nos filles n’ont que treize ans. D’autres, sont de jeunes mamans. D’autres…

Toutes, nous affirmons «avoir hâte de pleurer …de joie». De ne pleurer, que de joie.

Rose-Aimée Bédard

Trois-Rivières