Le conflit de travail à la Société des alcools du Québec soulève des réflexions quant aux salaires qui sont versés aux travailleurs comme aux dirigeants.

On est ben drôle...

On est ben drôle... Pas comique. Drôle. Les pouvoirs de l’argent sont indéfinissables. Mais, ils s’expriment.

Prenons pour exemple:

• le Canadien de Montréal a une masse salariale de 71 millions $ pour 31 joueurs. Et ça ne nous défrise pas;

• cinq dirigeants de Bombardier encaissent 45 millions $ de salaire-revenu-bonus et bénéfices. Ça nous dérange un peu. Mais pas trop. Même si en 2017 Bombardier congédiait des milliers d’employés;

• le pdg de la Caisse de dépôt et de placement et ses acolytes touchent au total 10 millions $ en 2017;

• si on calculait pour Power Corporation, SNC-Lavalin, Banque Nationale, CGI, Groupe Jean Coutu, Saputo, Hydro-Québec, Gildan, SAQ et les autres, on dépasserait les centaines de millions par année.

C’est normal, c’est le système qui veut ça! Je l’entends bien. Mais quel système? Celui de l’offre et de la demande. Qui se nomme le libéralisme. Sans autre étiquette. OK! Mais pourquoi ça fait neuf ans que tout ce qui a rapport à l’argent a engraissé ses revenus et bonis de 35-40 %? Et que tout ce qui touche au travail stagne autour du taux d’inflation. C’est-à-dire ± 2 % par année. Ce qui donne un épouvantable 3,5 à 4 % au final. Comme engraissement, déjà vu mieux.

Newton et sa loi sur la gravité terrestre ne joue pas sur les retombées de l’argent. On pourrait continuer longtemps comme ça. Ça deviendrait impudique et obscène cependant.

Mais quand on parle du personnel employé de la SAQ, ah là! «Eux autres c’est des pleins; sont gâtés-pourris». À 19 $ l’heure pour 75 % du personnel temporaire, à temps partiel et 25 $ l’heure pour les autres, «c’est effrayant de même penser à faire une grève, tellement sont bien payés».

Holà! Deux mille cinq cents employés font autour de 15-18 heures par semaine. Ils font donc plus ou moins 16 000 $ par année, 20 000 $ si la chance est là. Deux mille autres font autour de 30 000 $ par année. Enfin, 1200-1500 font autour de 40 000 $ ou 45 000 $ par année. En travaillant pour un service qui fournit plus de 1 milliard $ de profits au gouvernement chaque année.

Faut être content de ce milliard de profit. Bon à savoir également que le pdg touche 448 000 $ de revenus annuellement. Que ses cinq vice-présidents font plus de 320 000 $ par année. Moins de contentement ici toutefois.

Quand on pense que comme État on s’arrange pour ne plus donner de permanence ou presque au personnel. Qu’on joue avec les horaires et la santé des personnes. Ce qui trafique les revenus des employés. Que ce qui se nomme «conciliation travail-famille» est bloqué par toutes sortes de manigances qui rendent les individus plus fragiles et vulnérables. En raison de leur précarité.

On n’y pense pas assez souvent mais «précarité» signifie peu durable, peu stable. On n’a rien à gagner à rendre des personnes plus fragiles et enclines à devenir malades, nerveuses ou «sur-occupées» à chercher d’autres emplois pour tenter de ne pas trop s’endetter.

De voir et entendre trop de gens chiâler est attristant. Ça rend songeur sur ce que devient le monde dans lequel je vis. Enfin, dans lequel j’essaie de vivre.

On banalise l’argent des riches et on démonise le peu d’argent des «en dessous de la moyenne salariale québécoise». Vaudrait mieux les traiter comme des voisins que des vauriens. Parce que le fond de l’air est glauque et que ça sent la swamp comme hauteur de sentiments. C’est pas comme si on ne pouvait pas les payer comme du monde. On en paie plein d’autres comme des kingpins. Est-ce par jalousie? Sais pas!

À la SAQ, on forme et a formé tout plein de connaisseurs, œnologues, acheteurs, conseillers en vins et spiritueux, sélectionneurs, directeurs gérants, publicistes, étalagistes, etc. Et mettez tout ce qui précède au genre féminin ou celui qui vous convient.

Bref, les salaires versés aux employés retournent totalement dans les rouages de la consommation et de l’économie. Ce qui nous aide. Il est où le problème?

Faudrait voir à ce que le traitement qu’on leur réserve nous aide davantage. Pas moins. Et c’est pourtant le «moins» qui leur est proposé. Et qu’on nous propose par la bande.

Plutôt honteux. En 2018, comme dirait l’autre!

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières