Une manifestation contre le projet de loi 61 s’est déroulée à Trois-Rivières la semaine dernière.
Une manifestation contre le projet de loi 61 s’est déroulée à Trois-Rivières la semaine dernière.

Nous ne voulons pas de relance à la sauce du projet de loi 61

OPINIONS / Depuis le 12 mars dernier, la Mauricie a suivi toutes les recommandations de la Santé publique : le confinement, la fermeture de nombreux établissements, la distanciation physique et l’application des règles sanitaires. Comme tout le reste du Québec, nous avons écouté les points de presse du premier ministre François Legault. Ce dernier s’est révélé un excellent communicateur et un visage paternel rassurant dans cette période de stress et de crainte de l’inconnu.

Mais les Mauriciens et Mauriciennes ne sont pas restés terrés et repliés sur eux-mêmes pendant cette période. Ils n’ont pas attendu le Panier Bleu pour mettre en place toutes sortes de moyens afin d’aider leurs voisins, les producteurs, leurs commerçants à traverser cette crise. Je ne compte plus les initiatives encourageant l’achat local et les pages FaceBook visant à créer des véhicules de commerce ou d’échanges.

La Mauricie n’a pas attendu la Covid-19 pour se mobiliser. Les citoyens ont toujours été fiers de leur territoire et de leur environnement. C’est par la force de ses citoyennes et citoyens que la région a résisté au passage d’Énergie Est sur notre territoire. Plusieurs initiatives locales ont vu le jour pour préserver notre environnement. En route vers la carboneutralité de la MRC de Maskinongé est un exemple parmi tant d’autres. En Mauricie, la popularité des voitures électriques est indéniable.

Dès le début du confinement, j’entendais dans les chaumières (ou sur les trottoirs pendant les innombrables marches, ou dans les files d’attente) la population dire: «Oui à une reprise! Mais ne revenons pas comme avant», «Faisons mieux», «Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs».

Le projet de Loi 61 fait exactement ce que la population craignait. Et ce n’est pas moi qui le dis. Les experts le disent! Nous avons écouté les experts lorsqu’est venu le temps du confinement. Écoutons encore les experts lorsqu’il est enfin venu le temps du déconfinement.

Les experts en environnement

Plus de 1100 scientifiques en environnement ont signé une lettre prévenant des dangers de ce projet de loi pour l’environnement.

Équiterre, qui dénonce aussi le projet de loi, souligne que l’environnement n’est pas un obstacle à la reconstruction.

Ce n’est pas surprenant si 67 % des Québecois.es souhaitent qu’un Québec sorti de la crise de la Covid-19 priorise d’abord et avant tout la santé, l’environnement et la qualité de vie, plutôt que la croissance de l’économie.

Le comité public de suivi des recommandations de la Commission Charbonneau dénonce aussi le projet de loi 61 en mentionnant que l’article 50 va «à l’encontre de toutes bonnes pratiques de saine gestion des marchés publics». La Presse du 9 juin site: le projet de loi sur la relance accélérée de l’économie du gouvernement Legault ouvre la porte à «l’émergence de corruption, de collusion» en plus de représenter une «opportunité» pour le crime organisé, estiment ce comité et le Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG).

De son côté, le syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), ceux-là même qui avaient été les témoins impuissants de la corruption, craint un bar ouvert à la corruption.

Le Protecteur du citoyen a pour sa part recommandé de limiter à six mois et non à deux ans la prolongation de l’état d’urgence sanitaire. Il recommande que le gouvernement soit soumis à toute une série de redditions de comptes, lesquelles sont presque inexistantes dans le projet de loi.

Si la loi 61 est adoptée sans modifications majeures, ou pire si elle est adoptée sous la bâillon, la population en paiera le prix en perte de leur droits fondamentaux et en dilapidation des fonds publics dans un nouveau système favorable à la corruption.

De leur côté, les députés qui ont soutenu l’adoption de ce projet de loi en paieront le prix politique. La CAQ à beau compter dans ses rangs Mme Sonia LeBel, députée de Champlain, qui a fustigé les témoins les plus récalcitrants de la Commission Charbonneau, elle ne peut, à elle seule, contenir les loups qui rôdent. Car rappelons-nous que les principaux acteurs de la corruption sont encore libres et attendent des vents plus favorables. Le projet de loi 61 pourrait facilement leur donner cet élan.

Le gouvernement Legault s’est construit une belle réputation pendant cette crise sanitaire. Mais comme le dit Warren Buffet: «Il faut 20 ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire».

M. Legault, je vous dirais bien d’écouter ce que vous dit le Dr Arruda sur le projet de loi 61. Mais ce n’est pas son champ d’expertise. Alors, écoutez-donc les experts en la matière.

Simon Piotte

Trois-Rivières