La transformation de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage en clinique de proximité inquiète les signataires de cette lettre. Ils estiment que la proposition d’implanter une telle clinique est une excellente idée, à condition qu’elle s’installe progressivement pour permettre à la région entière de s’y adapter.

Nous avons besoin des services de l’urgence Cloutier-du Rivage

OPINIONS / Les auteurs sont les docteurs Janique Dion, Michel Gauthier et René Houde, de même que les membres du Comité Cloutier.

La fermeture précipitée de l’urgence ambulatoire de Cloutier-du Rivage nous inquiète énormément. Les enjeux sont majeurs. Il est question d’une perte d’accès aux urgences mineures pour l’ensemble de la région, mais aussi plus spécifiquement pour une population défavorisée dans le secteur Est de Trois-Rivières. Un projet aux conséquences insoupçonnées imposé sans consultation.

La proposition d’implanter une clinique de proximité est une excellente idée, pourvu qu’elle s’installe progressivement afin de permettre à la région entière de s’y adapter. Une substitution intempestive sans filet de sécurité représente un trop grand risque pour notre population. Le patient doit primer devant les décisions administratives et cette clinique devrait absolument montrer son efficacité avant de détruire une entité qui, elle, l’a déjà prouvée.

Dans le passé, l’urgence de Cloutier a démontré qu’elle pouvait soigner plus de 26 000 urgences mineures par année, donc à pleine capacité, environ 70 patients par jour, même lorsque fermée la nuit. Et, sur ces 70 patients, seuls 5 % doivent être transférés vers Sainte-Marie, soit moins de cinq patients par jour.

La superclinique du Carmel, qui devait remplacer Cloutier, ne suffit toujours pas à la demande. Malgré sa présence, on peut facilement voir jusqu’à 40 patients par bloc de huit heures à l’urgence de Cloutier. Et comme celle-ci est fermée dès 16 h, il y a plein de patients non comptabilisés qui sont refusés à la porte. À titre d’exemple, le 28 juin, 23 patients ont été refusés au triage, le 29 juin, 20, le 30 juin, 25, le 1er juillet, 14 et le 2 juillet, 45. Et où vont ces patients? Plusieurs bravent l’attente à Sainte-Marie, trop souvent pour se faire dire qu’ils ne seront pas vus avant 8 h. Alors ils reviennent à Cloutier au matin et pour certains leur condition s’est malheureusement détériorée. Nous aurions plusieurs tristes histoires à vous raconter.

Avons-nous raison de nous inquiéter? La salle d’attente de l’urgence de Sainte-Marie est trop souvent bondée, et ce, depuis des années et il n’y a jamais rien eu de prévu pour s’adresser au manque de ressources. À 20 h le 20 septembre, il y avait 44 patients dans la salle d’attente de Sainte-Marie, c’est inhumain. Et tristement, depuis des années, personne ne s’en préoccupe. C’est un mauvais présage pour la prochaine saison grippale qui s’annonce très vilaine. Et là, on ferme l’unique autre urgence mineure de Trois-Rivières, et en plus on ferme celle qui est située dans le secteur où la population est la plus défavorisée et la moins mobile. Notre région ne peut pas se le permettre. Est-ce cela, le bon patient au bon endroit?

Avons-nous raison de nous inquiéter? On nous dit que la nouvelle clinique va offrir tous les mêmes services. L’administration du CIUSSS-MCQ veut remplacer une urgence mineure hyper efficace par une clinique d’infirmières spécialisées, ce n’est pas comparable. Sur 700 dossiers que nous avons relevés, 50 % des cas actuels ne pourront être réglés entièrement par une infirmière spécialisée. Parmi ces cas, plusieurs ne pourront pas davantage être traités par le médecin superviseur parce qu’il n’y aura plus de civières, plus de moniteurs cardiaques, plus d’électrocardiogramme, plus de salle de stabilisation, plus d’analyse de laboratoire sur place, plus d’échographie par un radiologiste, plus de de scan avec injection, sauf les rares journées qu’il y aura un radiologiste sur place.

Et que dire du volume? Une infirmière spécialisée voit un maximum de 20 patients par jour. Si elle assure des suivis, combien de nouveaux patients pourra-t-elle voir par jour? Dix? On est loin de la capacité de Cloutier de 70 patients par jour, même si l’administration assure maintenant qu’il va y avoir du «sans rendez-vous». Est-ce vraiment une augmentation des services?

Puis, malgré les affirmations, il y a actuellement des suivis à Cloutier, car l’urgence assume les suivis pour les patients orphelins ou pour ceux et celles dont les médecins de famille sont indisponibles.

On le répète. Une clinique de proximité est une excellente idée, mais la population, en particulier celle qui est défavorisée, mérite plus de services, pas moins. Prenons le temps de réfléchir à son implantation, sans augmenter le risque qui existe présentement dans notre région.