Violaine Damphousse 

N’oubliez pas de nuancer, surtout en temps de crise

OPINIONS / – Acceptez-vous d’être citée? – Oui, aucun problème...

Les apprentissages sont nombreux en cette période hors du commun. Collectivement, on apprend de nouveaux concepts d’épidémiologie; on trouve de nouvelles façons de travailler, d’apprendre; on voit que les problèmes anxiogènes sont plus nombreux qu’on pense; on vénère l’hygiène comme rarement; on constate que l’entraide est encore une valeur essentielle pour plusieurs humains; on admire les dirigeants qui sont aptes à nous donner des directives claires... Et personnellement, j’ai appris que même en temps de crise, il est préférable d’écrire par soi-même! Comme j’ai fait confiance à un journaliste qui ne m’a pas mal citée, mais qui a insuffisamment rapporté mes propos, j’apprends aussi à être moins naïve.

Je me sens un peu comme dans une pièce de Samuel Beckett... L’absurde, vous connaissez? Moi un peu, mais je connais plus les sciences humaines que le théâtre. Et c’est d’ailleurs pourquoi j’avais contacté Le Nouvelliste : j’ai de l’inquiétude pour nos concitoyens, pour nos humains les plus vulnérables, c’est-à-dire les personnes âgées. Voyez-vous, j’ai étudié en histoire, en géographie, en sociologie et je suis aussi diplômée en études québécoises. Je connais très bien l’historique des épidémies ainsi que des quarantaines, les difficultés en temps de crise, les réalités démographiques québécoises, le contrôle des frontières à l’époque contemporaine, les réactions des groupes sociaux, etc.

Alors en parlant à Guy Veillette, pendant 15 à 20 minutes, je lui ai expliqué que j’avais contacté son journal puisque j’étais certes inquiète pour ma mère, mais aussi pour les autres individus âgés (pas les vieux), puisque si tout le monde est en distanciation sociale, c’est pour les protéger, eux! Je lui ai parlé de Michel Louvain qui avait fait une intervention à l’émission 24/60 et que c’était essentiel pour les personnes qui avaient de la difficulté à saisir le danger et le fonctionnement de la COVID-19, malgré ce que les directions des résidences tentaient de mettre en place. J’ai aussi soulevé le fait que les personnes âgées sont en grand nombre dans notre région.

Lorsque le journaliste m’a demandé si je croyais que c’était pire chez les personnes âgées, ma réponse a été qu’une résidence, c’est une représentation de notre société à petite échelle: si les personnes n’écoutaient pas les directives lorsqu’elles étaient plus jeunes, il est difficile de leur imposer quoi que ce soit lorsqu’elles font partie de l’âge d’or. Ce n’est pas une question de génération, de niveau de scolarité, d’âge... comme ont pu le confirmer les intervenants interrogés par la suite par M. Veillette, et cités dans l’article.

Toutefois – et ce n’est pas de l’âgisme ni être alarmiste – il est essentiel de sortir dans les médias à propos des personnes âgées, puisque contrairement aux jeunes, auxquels on demande de ne pas faire de partys afin qu’il n’y ait pas d’échanges de fluides biologiques, plusieurs individus de 70 ans et plus n’ont pas le choix d’être en contact avec plusieurs autres possibles vecteurs! Quand il y a plus de 300 personnes qui vivent dans une même bâtisse, tous doivent faire leur part, au risque malheureusement qu’ils se sentent plus isolés que d’habitude.

Violaine Damphousse

Professeure au Cégep de Shawinigan

Trois-Rivières