Notre inaccessible tendresse en temps de pandémie

OPINION / Étant doté d’une nature extravertie, tactile, ludique et grégaire, imaginez-vous un seul instant ne pas pouvoir tenir dans vos bras les personnes que vous aimez le plus au monde. Votre famille, vos amis, ceux qui sont présents dans votre vie, ceux que vous croisez rarement mais tout aussi précieux pour vous ou tout simplement vos collègues avec lesquels vous entretenez des liens de franche camaraderie. Un geste d’appréciation, une réconfortante poignée de main, un câlin de douceur lors de périodes de tristesse, de deuil, de douleur. C’est pourtant ce que nous vivons depuis plusieurs mois.

Dans une délicieuse chronique hebdomadaire de La Presse, Stéphane Laporte nous le décrit si bien avec tout le raffinement qu’on lui connaît et accompagné de sa tendresse teintée de réalisme.

En lisant son texte, je me suis mise à réfléchir sur la nécessité du toucher et de la bienveillance qui le caractérise. La pandémie actuelle nous conscientise au danger imminent de dangerosité et nous en sommes bien sûr, tributaires de discipline. Or, cette abstinence du toucher nous robotise peu à peu. Cette inaccessibilité synonyme de distance, d’imperméabilité et de fermeture à certains sentiments nous confronte à un manque viscéral de la composition de l’être humain. Combien de fois le bras tendu est suspendu et nous empêche de prolonger un geste amical, social et normalisé? Combien de fois, la rencontre d’un ami pour lequel notre impétuosité nous projette à vouloir l’entourer de nos bras par la joie de retrouvailles se trouve en mode arrêt, stop, danger. Oui, danger, pour nous mais surtout pour l’autre que nous ne désirons pour aucune raison contaminer au cas où nous serions asymptomatiques! Combien de fois depuis tous ces mois ai-je eu l’envie de succomber et de prendre dans mes bras mes amis, mes neveux et nièces, surtout les plus petits qui tout naturellement nous tendent les mains? Mes amis, les plus âgés qui sont encore là mais qui ne le seront pas pour longtemps en raison de leur état de santé et aussi de leur âge. Mon seul regard ne peut se définir en un baume bienfaisant.

Telle est la malheureuse situation dans laquelle se retrouvent tous les humains pandémiques de la terre qui sont et seront à peu de statistiques près, confrontés possiblement à une deuxième vague de ce terrible fléau qui modifie nos comportements, nos attitudes et nos habitudes.

On peut sourire avec les yeux. Le regard peut être tendre, inquiet, doux ou menaçant mais le sourire du regard ne suffit pas. Il doit aussi s’accompagner de cette substance qu’est le geste rassurant, protecteur et chaleureux.

Pour combien de temps encore devrons-nous nous revêtir de robotique? Difficile à prévoir…

Soyons vigilants mais souhaitons-nous un retour à une vie où le geste redeviendra le prolongement de notre affection, de notre amour, de notre amitié et de notre humanisme.

Céline Tessier

Trois-Rivières