Nostalgie des hivers de mon enfance

OPINION / Janvier 1975, un mardi soir sur la 102e Avenue. Les bâtons de hockey sont lancés au centre de la rue, un des deux capitaines les divise au hasard. Nous serons cinq contre quatre. Les quatre bûches faisant office de buts sont installées. Pendant plus de deux heures nous nous démenons d’un bout à l’autre de notre patinoire de fortune. Non pas en patins mais en bottes lunaires. Nos temps d’arrêt sont dictés par le passage des voitures.

Vers 21 heures, ma mère me crie par la fenêtre de rentrer. Ma soirée est déjà terminée. Le score final? Aucune importance.

Mercredi 16 heures, retour de l’école. Mes amis et moi nous rejoignons dans la cour de Richard. Nous devons poursuivre la construction de notre tunnel débuté lundi soir. Il faut le creuser tout en s’assurant qu’il ne s’effondre pas sur nous. Selon sa mère, on pourrait tous mourir asphyxiés. Bof! Déjà l’heure du souper. On se donne rendez-vous à 18 heures pour le terminer. Armés de pelles et de lampes de poche, on réussit à le creuser encore de quelques pieds. Yves a la bonne idée d’y ajouter un fort. Serge propose d’en dresser les plans. La mère de Richard nous crie par la fenêtre qu’il est tard et que l’on a de l’école demain.

Arrivant chez moi, j’aperçois mon père le boyau d’arrosage à la main et la moustache givrée qui arrose ma patinoire. Il m’assure qu’avec ce froid, la glace sera enfin prête pour demain. Donc: inauguration de ma patinoire jeudi soir. Le fort devra attendre à vendredi. À moins que l’on décide plutôt d’aller glisser à la côte en «S».

Je suis né à une époque où le facteur humidex et le refroidissement éolien étaient des concepts qui n’existaient pas. Où chaque maison arborait fièrement son bonhomme de neige.

Je suis d’une génération où jouer à l’extérieur était la norme et être encabané à l’intérieur l’ultime châtiment.

Lors de mes promenades, je me désole de ne jamais voir d’enfants jouer au hockey dans les rues, de ne jamais voir de tunnel, d’igloo, de fort sur les terrains.

Je me désole de voir des rues complètement désertes.

Ce que j’entrevois à travers les fenêtres, ce sont des jeunes et moins jeunes agglutinés devant une télévision ou un écran d’ordinateur. Des jeunes, paraît-il, de moins en moins en santé, physiquement et mentalement.

À qui la faute? Aux parents? À la société? Au progrès?

Sans prôner un retour à l’âge de pierre, pourrait-on seulement débrancher nos écrans trente minutes par jour et aller jouer dehors?

Alain Gervais

Shawinigan