La présidente de la Fédération nationale des communications (CSN), Pascale St-Onge, rappelle dans ce texte les grands enjeux de la crise qui frappe les médias et les défis auxquels fait face la presse écrite.

Nos médias écrits ont un urgent besoin d’amour

L’auteure, Pascale St-Onge, est présidente de la Fédération nationale des communications - CSN (FNC-CSN).

Ils font depuis longtemps partie de notre quotidien au point où on les tient pour acquis. Pourtant, nos médias écrits vivent la pire crise de leur histoire. Plus que jamais, ils ont besoin d’amour, car cette crise aura des conséquences sur notre vie démocratique si rien n’est fait.

Le 14 février, dans le cadre d’une journée d’amour à la presse écrite, de nombreux journalistes iront à la rencontre de la population dans plusieurs régions du Québec pour rappeler l’importance du rôle des médias écrits dans notre société. Ils iront aussi rencontrer les députés fédéraux à Ottawa et présenter au gouvernement Trudeau une lettre signée par des milliers de personnes, leur rappelant leur obligation morale de donner suite à leurs récentes promesses visant à juguler la crise des médias avec des mesures urgentes lors du prochain budget.

Causes et conséquences de la crise
Le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes notait d’ailleurs en juin dernier que l’effondrement des revenus publicitaires des médias a eu pour conséquence «des fermetures de salles de nouvelles, des départs de sièges sociaux, des mises à pied par dizaines de milliers», tout en entraînant une perte sur le plan de la diversité des médias. Il observe que les géants du web américains, Facebook et Google, représentent désormais plus des deux tiers des recettes des publicités en ligne. Une hausse drastique qui concorde avec une chute marquée de ces revenus par les médias écrits depuis 2009.

Aujourd’hui, la situation a atteint un point critique et la presse a besoin de mesures urgentes de la part du gouvernement fédéral. L’ensemble des médias écrits a pris le virage numérique et la plupart ont réussi à augmenter leur lectorat, mais la pression demeure insoutenable. «Ni les recettes provenant de leur édition en ligne ni l’instauration de murs payants n’ont permis de compenser la baisse des revenus publicitaires», mentionne le rapport du comité. Pour contrer cette situation, un soutien gouvernemental est plus que jamais nécessaire.

Des attaques sur tous les fronts
Plusieurs banalisent la situation de la presse écrite en estimant que les médias sociaux prendront le relai. Mais ceux-ci ne produisent aucun contenu, tout en bénéficiant du contenu produit à grands frais par nos médias. Doit-on rappeler que si nous ne soutenons pas fermement nos médias écrits, ce sont les fausses nouvelles qui prendront plus de place? Ceci est une menace grave pour notre démocratie.

Il est vrai qu’au sein des médias, l’opinion côtoie la nouvelle, ce qui entraîne de la confusion pour plusieurs. Pourtant, il faut rappeler que les journalistes sont régis par un code d’éthique et de nombreuses contraintes, en plus de formations solides visant à montrer les deux côtés d’une médaille. Qui plus est, ceux-ci sont protégés par des conventions collectives qui empêchent les patrons de presse d’orienter leur travail sur le plan idéologique. Malgré quelques erreurs de parcours au sein des médias, il faut tenter de s’imaginer un monde sans médias écrits, sans professionnels capables d’enquêter, de questionner et de confronter les points de vue. Et cette image n’a rien de rassurant.

Une concurrence inéquitable avec les géants du web
Au fil des années, la presse écrite a su se transformer et prendre sa place sur nos écrans d’ordinateur et nos téléphones portables. Malgré tout, elle subit une pression intenable découlant aussi d’une iniquité fiscale en faveur des géants du web.

Rappelons que les Facebook et Google ne sont toujours pas taxés au même titre que nos entreprises canadiennes. La proximité de ces multinationales avec le gouvernement est tout aussi inquiétante que leur inaction. Il faut prendre le taureau par les cornes et s’inspirer des pays européens qui adoptent actuellement des lois pour mettre fin à cette incohérence dévastatrice pour nos entreprises locales.

L’information est essentielle et elle l’est tout autant que l’éducation. Nos médias sont aussi imparfaits que sont nos écoles. Mais ils n’en sont pas moins nécessaires pour comprendre le monde qui nous entoure.

Le gouvernement Trudeau a donc la responsabilité d’assurer la viabilité de nos plus grandes salles de nouvelles au Canada, comme de nos médias régionaux. Se disant préoccupé par la crise des médias au Canada et ses impacts sur la démocratie, Justin Trudeau a récemment annoncé qu’une aide fédérale pour les entreprises et les travailleurs de l’information était prévue.

«C’est dans nos réflexions par rapport au budget», a-t-il mentionné.

Espérons qu’il passe de la parole aux actes.