L’auteur de ce texte croit que les millions de dollars d’Investissement Québec seraient encore plus efficaces et fructueux s’ils étaient dirigés vers les entreprises québécoises, notamment celles à forte croissance ou celles plus innovatrices. Pas besoin de toujours se tourner vers les avantages consentis aux entreprises étrangères, estime le professeur Pierre-André Julien.

Nos entreprises sont les mieux placées pour soutenir notre développement

OPINION / L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Comme l’a répété le premier ministre François Legault, en concentrant tous les organismes gouvernementaux chargés du développement économique sous l’aile d’Investissement Québec, le premier rôle de ce dernier sera d’attirer les investissements internationaux. Il reprenait ainsi la même rengaine que presque tous nos gouvernements, hormis ceux de Jean Lesage, de René Lévesque et de Jacques Parizeau, selon laquelle notre développement économique passerait nécessairement par l’étranger. Pourtant l’on sait que la Révolution Tranquille des années 1960 a été entre autres marquée par un dynamisme entrepreneurial étonnant, qui a transformé notre économie. Malgré la vente plus tard de certaines de nos grandes entreprises, notamment sous le gouvernement Couillard. Et l’on sait aussi que cet entrepreneuriat a repris fortement dans les dernières années, expliquant en partie la pénurie de main-d’œuvre actuelle.

On n’a qu’à penser à l’essor étonnant d’un grand nombre de nos entreprises à peu près dans tous les secteurs et dans toutes les régions. Essor expliquant les succès, notamment dans l’exportation, de nos moyennes grandes firmes, telles Usinatech à Melbourne (275 employés) ou Prelco à Rivière-du-Loup (650). Sachant que certaines de ces firmes ont même plus de 1000 employés, sans compter leurs succursales à l’étranger, telles Marmen à Trois-Rivières (1100), IPL à Saint-Damien (1300), Camoplast à Magog (1400), ou Premier Tech à Rivière-du-Loup (1500). Et d’autres qui ont été acquises par l’étranger, telles Venmar à Drummondville (300) ou Mégatech (Kongsberg) à Shawinigan (500), pour mieux répondre au marché international, continuent à se développer ici justement à cause de leurs savoir et savoir-faire exceptionnels. Entreprises avec autant sinon plus d’employés que plusieurs filiales étrangères. Et en regardant quelque peu autour, vous pouvez trouver des milliers d’autres entreprises québécoises qui ont 50, 100 ou 200 employés, qui sont responsables de près de 80 % des nouveaux emplois, et dont l’impact économique, tant régional que national, est crucial.

À l’encontre de ces multinationales qu’on a attirées, souvent peu innovantes et dont la plupart sont venues et sont toujours ici parce qu’on les subventionne à chaque crise, telles celles dans les pâtes et papiers, ou celles à qui l’on fait payer nos ressources en bas du prix coûtant, comme dans le cas de l’électricité pour les alumineries, sinon à vil prix comme dans à peu près toutes les entreprises minières. Et dans ces cas, faisant suite à un changement important sur le marché international, ces multinationales s’empressent de lever le camp avec armes et bagages sans même rembourser les emprunts obtenus pour les attirer. Ou encore, elles nous laissent des villages déséquilibrés et des sols contaminés que nous devons payer à coup de dizaines de millions de dollars pour les rendre réutilisables.

Ce qui veut dire que ces centaines de millions d’Investissement Québec seraient encore plus efficaces si elles étaient avant tout orientées dans nos entreprises, notamment celles à forte croissance ou celles plus innovatrices. Sachant que dans ce dernier cas, l’investissement privé est rarement patient alors que les phases de développement et d’implantation exigent du temps. D’autant plus que chez les multinationales étrangères, le chantage de fermeture possible pour obtenir encore plus de facilités revient trop souvent. Sans compter chez celles-ci les coûts en bureaucratie compensent les économies d’échelle, comme on le verra probablement avec le nouveau Investissement Québec regroupant tous les intervenants travaillant avant tout pour cet international.

Bref, à moins de n’être pas sorti du vieux complexe du «né pour un p’tit pain», tout montre que les Québécois sont capables de dynamiser leur développement et que le rôle de l’État doit être avant tout orienté dans ce but avant de courir après les investissements étrangers.