Nos démocraties ne sont pas à l’abri de la COVID-19

OPINIONS / Le 13 mars dernier, le Parlement canadien, et l’Assemblée nationale du Québec le 17 mars, suspendaient leur session respective de travaux parlementaires. Depuis, le Canada et le Québec sont gouvernés par décrets.

Cet acte réglementaire que constitue le «décret» est conféré par des lois adoptées par nos parlements, et leur durée est prévue jusqu’au 20 avril prochain. Bien que justifié par une situation sanitaire mondiale extraordinaire, ce mode de gouvernance n’est pas sans conséquence pour une démocratie.

En effet, sans remettre en question la qualité de la gouvernance de nos deux gouvernements et les efforts de communications destinées à la population, une absence prolongée de la présence des voix des oppositions comporte un risque invisible.

Malgré cette situation de catastrophe sanitaire qui mérite des actions musclées, d’autres décisions se prennent dans notre pays et notre province, sans que le nécessaire test du questionnement des oppositions n’intervienne. Cette situation n’est ni souhaitable ni bénéfique pour une démocratie. Une trop grande admiration pour ses gouvernements, de la part de sa population, peut tracer la voie à des dérives malheureuses. Cette situation existe également dans les municipalités du Québec. Les conseils municipaux siègent à huis clos! L’opposition citoyenne est exclue du débat.

Pas si grave diront certains, compte tenu de la situation qui prévaut. N’est pas grave ce qui ne nous touche pas. N’est pas grave ce que nous ignorons…

Je vous donne un exemple de situation qui, faute de la présence du questionnement nécessaire au maintien d’une saine démocratie, est passé sous le radar de notre attention.

Le 12 février 2020, le numéro 2 du Cirque du Soleil quitte l’organisation.

La Presse rapportait l’été dernier que l’organisation envisageait une émission publique d’actions et songeait à s’inscrire à la Bourse. Le PDG Daniel Lamarre a confirmé en novembre que ce projet était sur la glace «pour le moment», arguant que le marché boursier n’était pas favorable. Il assurait cependant que les finances du Cirque du Soleil portaient bien.

Le 17 février, la Caisse de dépôt et placement du Québec rachète la part de M. Guy Laliberté, estimée à 100 M$. Cela permet au bas de laine des Québécois de doubler la taille de sa participation pour ainsi détenir environ 20 % du Cirque et pourra nommer un deuxième représentant au conseil d’administration de la société, qui en compte douze…

Le 28 février, le Cirque annonce que le spectacle R.U.N, lancé le 24 octobre dernier à l’hôtel-casino Luxor de Las Vegas, fermera ses portes le 8 mars, soit à peine quatre mois après ses débuts.

Le 10 mars, Le Cirque du Soleil annonce l’annulation le 20 mars de toutes les représentations de son spectacle Kooza, qui devait être présenté à Lyon, en France.

Le 16 mars, l’arrêt des six spectacles permanents à Las Vegas et la suspension de la majorité des spectacles de tournée du Cirque du Soleil entraînent la mise à pied temporaire de 2600 employés dans le monde, dont 1200 artistes.

Le 19 mars, face à la crise sans précédent entraînée par la pandémie du coronavirus, le Cirque du Soleil procède à la mise à pied temporaire de 95 % de son personnel, soit 4679 employés.

Le 26 mars, la dette du Cirque est estimée à 900 millions $US.

L’actionnaire principal du Cirque est TPG Capital (60 %). Les autres actionnaires sont la firme chinoise Fosun Capital Group (20 %) et la Caisse de dépôt (20 %).

Le 27 mars, l’option privilégiée par le Cirque serait une aide gouvernementale. La deuxième avenue possible serait une injection additionnelle d’argent par les actionnaires existants. Mais si la situation se prolonge et que l’aide attendue n’arrive pas, la protection des créanciers pourrait être nécessaire, selon Richard Dufour, journaliste à La Presse.

Et pourtant, le 10 mars dernier, la porte-parole du Cirque, Caroline Couillard, déclarait à La Presse: «Le coup le plus dur pour le Cirque demeure la suspension de son spectacle en Chine, Un monde fantastique, créé à Hangzhou par Hugo Bélanger dans un théâtre tout neuf au mois d’août dernier, qui a été brusquement arrêté le 23 janvier dernier afin d’assurer la sécurité des spectateurs et de ses employés».

Qui, aujourd’hui, peut questionner le gouvernement sur cette transaction effectuée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, le 17 février dernier, qui a investi 100 M$ du bas de laine des Québécois en faisant un chèque du même montant à M. Laliberté?

André Gabias

Trois-Rivières