L’auteure de cette lettre note que la population a toujours été satisfaite du service offert par les chauffeurs de taxi et s’interroge sur la nécessité du nouveau projet de loi.

Nos bons amis, les taxis…

OPINION / Janvier 2019… Sept heures du matin, le jour n’est pas encore levé, le vent souffle et la neige s’accumule. Le chauffeur de taxi affiche un sourire malgré la tempête, et souhaite une journée sans accrochage. Au même instant, quelqu’un doit se rendre à l’hôpital pour des examens. Le casse-tête du stationnement sera vite résolu. L’empathie démontrée calmera le stress d’une personne seule et démunie face à la maladie. Les facteurs rejoignent leur zone de distribution du courrier et la clientèle des garages sera conduite au travail ou à la maison.

Voilà le mandat standard des chauffeurs de taxi trifluviens, mais les besoins des «utilisateurs vieillissants» vont bien au-delà du transport… Au fil des ans, les taxis sont devenus des accompagnateurs, au même titre que la famille ou les amis, qu’ils remplacent à l’occasion. Ils extrapolent leur mission première, en acceptant de rendre des petits services non inclus dans le tarif de kilométrage. Avec la patience d’un ange gardien, ils n’abandonnent jamais un usager… Sur demande verbale aux répartiteurs lors de l’appel de service, ils «acceptent» d’aider leurs clients à sortir de leur maison, et ils rangent dans le coffre arrière, un fauteuil roulant trop encombrant pour l’accompagnatrice du moment. Ou encore, ils portent les sacs d’épicerie à l’intérieur parce qu’ils sont trop lourds ou que la glace recouvre l’entrée. Ils agissent de bon cœur et de bonne foi en espérant un pourboire pleinement gagné et justifié qui, malheureusement, n’est pas toujours au rendez-vous.

La majorité des chauffeurs de taxi sont soucieux d’améliorer la vie des citoyens, et le font sur une «base volontaire»... Pourtant, seul le montant indiqué au compteur est exigé, comme le prévoit la loi. Ils n’ont pas l’obligation d’aider! Les entendre raconter leurs expériences de vie avec l’optimisme et la résilience qui les caractérisent, et les écouter commenter l’actualité avec un «gros bon sens», provoquent souvent une remise en question salutaire pour la société, dont ils prennent le pouls quotidien!

Janvier 2020… Une personne âgée autonome doit se rendre chez le médecin, et téléphone à une compagnie de taxi standard, qui «transporte des personnes» aux mêmes conditions qu’avant la dérèglementation. Au besoin, cet utilisateur pourra être aidé et restera libre de payer sa course en argent.

Par contre, les utilisateurs «geek», ces accros à la technologie, contactent UBER uniquement à l’aide de leurs iPhone, tablette ou ordinateur. En effet, cette multinationale, fondée en 2009, est une «entreprise de technologie» et non une «entreprise de transport», qui développe et exploite des applications mobiles de mise en contact d’utilisateurs avec des conducteurs. Ses principaux partenaires financiers sont entre autres: Google, Goldman Sachs, Facebook, Microsoft, Volvo, etc. Les chauffeurs d’UBER utilisent leur propre véhicule, et ne sont pas des employés de la compagnie. Ils suivent une formation gratuite en ligne. Cette façon d’opérer représente actuellement 80 % des frais d’exploitation, qui disparaîtront avec l’avènement de la «voiture autonome», sans conducteur! Imaginons les profits anticipés... Les tarifs déterminés par des algorithmes, varient en fonction d’événements spéciaux, et peuvent être multipliés par dix (!), selon le cas. À la fin de la course, le paiement sera réalisé automatiquement par prélèvement bancaire ou carte de crédit, excluant l’argent comptant.

UBER a atteint une valorisation de 120 milliards $ depuis sa création, et entrera bientôt en bourse dans le secteur de la «technologie» et non du «transport». Cette compagnie, synonyme de concurrence déloyale, est perçue comme indésirable partout où elle fait son entrée dans le monde, grâce à son gigantesque pouvoir financier et à l’acharnement de ses lobbyistes, souvent en conflits d’intérêts entre les secteurs privés et publics.

Plusieurs cas d’agressions sexuelles ont été rapportés, et en 2016, les adresses électroniques de plus de 50 millions de clients ont été dérobées. De plus, l’état des véhicules et le comportement des chauffeurs ne semblent plus correspondre à l’image de qualité publicisée.

Comme le montage financier complexe de UBER, permet à cette multinationale américaine de ne pas payer ses impôts, les pouvoirs publics, devraient revendiquer le respect de la réglementation sociale, qui définit les rapports entre les entreprises et le milieu humain. Il est clair que les profits réalisés par cette compagnie, ne seront jamais réinvestis au Québec…

Le but poursuivi est-il de moderniser l’industrie du taxi ou d’enrichir une multinationale?… La population a toujours été satisfaite du service offert, pour se rendre d’un point A à un point B…

Le gouvernement force les contribuables québécois, à verser une indemnité d’un demi-milliard de dollars, pour compenser la perte de valeur des permis de taxi, avant de déposséder définitivement ces mêmes honnêtes travailleurs d’un montant supplémentaire de 1 milliard de dollars?… Où allons-nous et surtout avec qui?

Denyse St-Onge

Trois-Rivières