Économiste bien connu dans la région, Frédéric Laurin est aussi un adepte du vélo. Il craint une montée de l’intolérance des automobilistes envers les cyclistes.

N’importons pas la guerre culturelle voiture-cycliste en Mauricie!

L’auteur, Frédéric Laurin, est professeur d’économie à l’École de gestion de l’UQTR et chercheur à l’Institut de recherche sur les PME.

Vendredi dernier, vers 20 h, un automobiliste me harangue à travers la fenêtre de sa portière en me faisant des gestes obscènes alors que je roule légalement en plein centre d’une piste cyclable sur le boulevard des Chenaux à Trois-Rivières. La semaine passée, c’est une passagère qui lâche un cri pour me faire sursauter alors que la voiture me double. Il y a deux semaines, c’est un autre cycliste que je vois se faire rudement klaxonner et engueuler, alors qu’il roule sur le côté de la rue Notre-Dame Ouest, dans un secteur tranquille proche du restaurant Le Grec. Et récemment, c’est une camionnette qui vient délibérément me frôler sur la rue Notre-Dame, malgré ses deux larges voies désertes à cette heure-là, en voyant ses occupants s’éloigner en riant. Dans tous ces cas, le vélo respectait le code de la route.

Voilà neuf ans que je roule à Trois-Rivières, et je n’avais jamais connu ce genre d’interactions voiture-cycliste avant l’été passé. Mais depuis un an, ces gestes de colère contre les cyclistes se multiplient mystérieusement à Trois-Rivières.

Une guerre culturelle?
Dans tous ces cas d’incivilités, le cycliste roulait de façon sécuritaire et légale. J’en déduis que ces individus s’opposent au fait même d’avoir des cyclistes sur les voies publiques, une vision parfois propagée par certains médias de Québec.

On comprend qu’à Montréal et à Québec, où l’on trouve beaucoup de trafic, des rues étroites et de nombreux cyclistes, il se crée naturellement des frictions. Mais à Trois-Rivières, il y a peu de circulation, peu de cyclistes et les rues sont généralement larges.

N’importons pas ce genre de guerre culturelle anticycliste en Mauricie. C’est inutile et stupide.

Danger d’accidents et respect du code de la route
Je peux comprendre l’énervement d’un automobiliste face à un cycliste qui effectue des manœuvres dangereuses. Les vélos doivent respecter le code de la route.

Mais, de grâce, n’engueulez pas un cycliste en train de rouler. Répondre à un comportement dangereux par un acte dangereux, c’est dangereux! Le cycliste peut perdre l’équilibre par l’effet de surprise. C’est risquer l’accident dont vous serez responsable. Face à un cycliste ayant une conduite hasardeuse, un simple avertissement énoncé de manière sécuritaire, civilisée et courtoise peut suffire. Cela aurait sans doute un bien meilleur effet que celui de klaxonner ou de frôler des vélos. Rappelons-nous que, dans tous les cas, le cycliste n’a jamais la protection de l’automobiliste.

Le cycliste doit non seulement se concentrer à pédaler, mais aussi à évaluer les obstacles devant lui, à confronter les bourrasques de vent, à jauger la distance avec les voitures, etc. En général, les adeptes du vélo n’ont pas l’intention profonde d’importuner les automobilistes. Au contraire, leur réflexe de sécurité est de s’éloigner le plus possible de la circulation.

Mais si un cycliste roule avec une certaine distance du trottoir, ce n’est pas qu’il cherche à embêter la circulation. Il voit très certainement devant lui des obstacles auquel l’automobiliste ne porte pas attention: bouches d’égout mal alignées, de la vitre, de la roche, un trou… C’est pour cela que la loi oblige les véhicules à garder une distance d’au moins 1 m avec un vélo dans une zone de 50 km/h et moins, et de 1,5 m dans les zones de plus de 50 km/h.

Le cyclisme, c’est d’abord un magnifique sport. Cela se pratique sur la voie publique, de façon tout à fait légale, pour autant de respecter le code de la route. C’est aussi un moyen de transport de plus en plus utilisé, devenu dans la plupart des grandes villes du monde un axe de mobilité important. Et c’est un transport écologique, dans un contexte de réchauffement de la planète.

Ceux et celles qui pensent gagner quelque chose par cette petite guéguerre primale et archaïque se trompent: il n’y aura pas moins de vélos dans les villes, tout au contraire!

Vivement donc la cohabitation, la courtoisie et le respect mutuel, de part et d’autre!