Netflix: une Joly bavure

En réaction au texte de David Crête intitulé «Ein Netflix Original», publié dans le cadre de la série «Regard sur 2017» le 4 janvier dernier.

C’est à la suite de la lecture d’un texte du professeur David Crête de l’UQTR que je me permets de réagir a contrario de ses arguments en faveur de la position fiscale du Canada vis-à-vis de Netflix. Je rappelle que ce professeur en marketing a applaudi la décision du gouvernement Trudeau d’exempter de taxe les produits de Netflix, la qualifiant d’innovatrice:

«Enfin, un gouvernement qui ose proposer un modèle nouveau. Nous le savons, ces entreprises web bouleversent considérablement leur industrie. Notre manière de consommer change, se transforme. Il faut donc revoir nos façons d’agir, de se comporter. [...] Avec [...] promesse de donner une visibilité aux productions canadiennes. Rappelons-nous que Netflix a, à ce jour, plus de 110 millions d’abonnés sur la planète.»

Est-ce avec ce genre de réflexion que nos universités préparent notre jeunesse à bâtir un monde meilleur que celui où nous y constatons de plus en plus de catastrophes sociologiques, économiques et écologiques? Le professeur ne pense que marketing (vente) sans aucune préoccupation sociétale: du divertissement, des jeux et de gros profits.

Poursuivons la lecture des arguments du professeur:

«Il faut cesser de se tourner constamment vers le législateur et travailler plutôt à bâtir une offre qui saura plaire chez nous. Se prendre en main quoi. Dans nos organisations, le fouet de l’innovation ne semble pas encore bien tendu.»

«Innovation», que signifie donc ce mot? Ou bien j’ai mal compris le concept de créativité et d’imagination qui existe depuis l’émergence de l’homo sapiens, ou bien l’innovation est née durant la semaine où Mélanie Joly a fait les beaux yeux à Netflix. D’après moi, l’innovation n’est justement pas l’exclusivité des gros; ce sont souvent les petits qui innovent, se prennent en main et créent ainsi l’adaptation et le changement.

Si nous écoutions le professeur Crête, il faudrait vite arrêter de taxer toutes les entreprises innovantes du Québec afin de se prendre en main! Je veux bien croire que notre système capitaliste crée des produits payants, mais l’argent doit aussi servir à autre chose qu’à faire de la visibilité et des jeux. L’argent doit servir aussi à humaniser notre société au complet. Il y a des entreprises qui sont tellement capitalisées qu’elles dirigent au doigt les gouvernements et le peuple, lesquels plient l’échine devant leurs montagnes de capitaux.

À nouveau les arguments du professeur en faveur de la décision Joly:

«Revoir les processus, les façons de faire, c’est aussi ça innover. Il y a bien sûr les lois, la sacro-sainte équité, des paradigmes au fort potentiel d’asphyxie. Méfions-nous.»

Netflix [...] a su faire évoluer son modèle d’affaires pour l’adapter. Tout commence d’abord par l’individu, la véritable bougie d’allumage.»

Oui, professeur; faisons tout sauter en l’air avant de nous étouffer dans ces monstruosités de taxes et impôts qui nous empêchent d’atteindre le paroxysme du plaisir dans nos loisirs et nos jeux; il faut s’éclater sans limites, et au diable les vieux, les malades, l’éducation et les enfants.

Question, professeur Crête: à quelles fins servent les Netflix de ce monde?

François Champoux
Trois-Rivières