Ne mettons pas tous les aînés dans le même panier

OPINIONS / Les auteures, Anouck Giguère, Lisa-Marie Leblond, Alexandra Lehoux et Pascale Piedalue, sont étudiantes à la maîtrise en ergothérapie de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

À la suite de l’annonce du confinement le 13 mars dernier, l’ensemble de la population québécoise s’est vu obligé de modifier son quotidien, et ce, du jour au lendemain. Alors que des milliers de personnes âgées se voyaient confinées à même leur chambre dans les quelques centaines de résidences du Québec, certains individus, toujours à domicile, tentent tant bien que mal de s’adapter à ce changement soudain.

L’attitude de la société à l’égard des aînés

Alors que la population craint la propagation du virus et se soumet aux recommandations dictées par la Santé publique, toute dérogation à celles-ci est inévitablement montrée du doigt. En effet, en plus des consignes habituelles du lavage de main et de la distanciation sociale, le gouvernement ciblait les personnes de plus de 70 ans comme celles étant les plus à risque et leur recommandait d’éviter les sorties en communauté. En ce sens, une personne âgée faisant partie de la population vulnérable aux yeux de la société se fait automatiquement dévisager du regard lorsqu’elle est vue dans un espace public comme si elle mettait à risque la vie des gens habitant au sein de la même résidence. Pourtant, selon le Rapport sur les résidences pour personnes âgées de 2019 de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), seulement 18,4 % des personnes âgées de 75 ans et plus ont comme milieu de vie une résidence pour aînés. Ainsi, présumer que toutes les personnes âgées que l’on croise en public représentent une porte d’entrée pour le virus dans les résidences est une forme d’injustice sociale appelée l’âgisme.

Par définition, l’âgisme correspond au fait de considérer tous les individus d’un même groupe d’âge de la même façon sans prendre en compte leurs différences. Ainsi, cette vision engendre un changement dans la façon de traiter ou d’agir différemment avec un individu de ce groupe d’âge (Pilote, 2010).

Les droits des aînés au même titre que tout le monde

Peu importe son âge, tout citoyen, possède des droits civils qui comprennent notamment le droit à la liberté ainsi que le droit d’aller et venir. De ce fait, malgré qu’elle soit incluse dans la population vulnérable, la personne âgée n’habitant pas dans une résidence pour aînés devrait être en mesure de réaliser ses activités en communauté au même titre qu’un autre citoyen plus jeune et donc moins à risque. Il en revient à elle seule de décider si elle veut être exposée au risque de contamination que comportent les sorties en communauté. En ce sens, aucune raison n’est valable pour justifier la stigmatisation auprès de ce groupe. De tels agissements peuvent engendrer des conséquences considérables sur ces individus.

Les conséquences

Alors que la population générale n’y voit seulement qu’une façon de protéger les plus vulnérables, les personnes âgées, quant à elles, peuvent y voir une barrière à leur inclusion sociale et à leur engagement. Toutefois, de telles actions dénotent d’un âgisme de niveau sociétal et provoquent un autre type d’injustice, soit l’injustice occupationnelle. Autrement dit les individus se retrouvent coincés dans leur domicile ce qui occasionne une privation occupationnelle c’est-à-dire qu’ils ne peuvent plus réaliser leurs activités dans la communauté telles que faire l’épicerie, prendre une marche, aller à la pharmacie, socialiser à distance et bien d’autres.

De prime abord, le regard qu’on pose sur les autres sans connaître leur situation de vie peut avoir des répercussions importantes. Ainsi, réfléchissons aux impacts parfois invisibles de nos actions.

Références:

Pilote, C. (2010). Avis sur l’âgisme envers les aînés: état de la situation. Québec (Québec): Conseil des aînés du Québec.

Société canadienne d’hypothèques et de logements [SCHL]. (2019). Rapport sur les résidences pour personnes âgées.