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Ne laissons pas la violence conjugale faire plus de ravages que le virus

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OPINION / L’auteure, Chantal Arseneault, est présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Si l’annonce du reconfinement n’a enchanté personne, pensons aux femmes aux prises avec la violence conjugale, pour qui la maison est loin d’être un lieu sécuritaire. En cette période, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et ses 43 maisons membres lancent un appel à la vigilance et à la solidarité pour que la violence ne fasse pas davantage de ravages que le virus.

Au printemps 2020, l’isolement forcé a contraint ces femmes à vivre constamment avec leur agresseur, en plus de les couper de leurs proches et de leurs collègues de travail, seules bouées de sauvetage pour certaines. Dans un sondage mené par notre Regroupement auprès de 87 femmes victimes de violence conjugale entre juillet et novembre 2020, le constat est sans appel: la violence s’est intensifiée, autant en fréquence qu’en gravité, durant le confinement. Quarante-deux pour cent des répondantes déclarent que cette violence s’est avérée plus grave et 43,5 % d’entre elles en ont subi de façon plus fréquente. Parmi les types de violence subie, on retrouve de façon presque unanime la violence psychologique (91,3 %) et verbale (89,9 %), mais aussi la violence économique (58 %) et physique (49,3 %), le harcèlement (35 %) et la violence sexuelle (27,5 %). Lorsque leurs enfants ont aussi vécu de la violence de la part du conjoint violent, elle était plus fréquente et plus grave dans 51 % des cas.

À l’aube de ce reconfinement, doublé d’un couvre-feu inédit, il est urgent de tirer des leçons du printemps pour minimiser l’impact de ces nouvelles mesures pour les femmes qui vivent de la violence conjugale, et pour leurs enfants. Notre sondage nous a notamment appris que les femmes n’ont pas demandé d’aide principalement pour trois raisons: la présence du conjoint qui ne leur a pas permis d’appeler à l’aide (43 %), les préoccupations du quotidien liées à la pandémie (29 %) mais aussi les recommandations de santé publique qui les ont découragées à chercher du soutien (21 %). Par ailleurs, l’absence d’accès à un moyen de transport et la crainte de ne pas trouver de logement après l’hébergement ont également amené certaines femmes à abandonner leurs démarches (respectivement 46 % et 31 %).

Ces constats nous invitent à endosser un rôle actif, autant individuellement que collectivement, auprès de ces femmes: en tant que proches, voisins, élus, employeurs, travailleuses et travailleurs essentiels. Nous pouvons faire une différence.

Trois actions simples peuvent être posées par chacune et chacun d’entre nous:

• Diffusez largement l’information sur les maisons d’aide et d’hébergement qui demeurent ouvertes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour accueillir les femmes et leurs enfants dans le respect des consignes sanitaires. Les services peuvent aussi être offerts par téléphone. Partagez le contact de SOS Violence conjugale, qui offre la possibilité d’appeler (1-800-363-9010), de texter ou de clavarder en ligne ou celui de la maison de votre région;

• Demandez aux femmes de votre entourage, qui pourraient vivre des difficultés de couple, comment elles vont. Si vous détectez chez l’une de vos proches des signes de détresse, gardez le contact avec elle, écoutez-la, suggérez-lui des ressources, convenez d’un code qui lui permettra de vous dire si elle a besoin d’aide si elle ne peut parler en raison de la présence du conjoint et offrez-lui de contacter ces ressources à sa place. Si nécessaire, proposez-lui de l’accueillir chez vous: cela peut-être une question de vie ou de mort;

• Si vous êtes en contact avec des clients et des patients dans le cadre de services essentiels, indiquez que vous pouvez soutenir les femmes victimes de violence conjugale, comme l’ont fait au printemps plusieurs pharmacies en proposant de passer un appel de façon discrète.

Nous invitons par ailleurs le gouvernement à communiquer largement, à l’instar de la ministre Guilbault, que le couvre-feu et le confinement ne doivent en aucun cas empêcher une femme de fuir un milieu de vie violent, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Dans ce contexte, l’accès à des logements abordables, au-delà de l’hébergement d’urgence, doit constituer une priorité gouvernementale.

À toutes les femmes aux prises avec la violence, envoyons-leur la force de s’en sortir et le message qu’elles ne sont pas seules.