Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain

OPINION / Lettre adressée au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

On a su, dernièrement, que vous voulez abolir les cours où il y aurait des notions de religion dans nos établissements scolaires au Québec. Vous me faites penser à ce malheureux professeur de musique qui avait interdit que ses élèves chantent la chanson «L’hymne à l’amour» d’Édith Piaf, juste parce que dans la dernière phrase de la chanson il y avait le mot Dieu.

S’il fallait suivre votre logique, il faudrait bannir et défendre à tous les élèves et le corps professoral de prononcer les: «Oh! My God!» qu’on entend quotidiennement. S’il fallait suivre votre logique il faudrait interdire aux enfants d’apprendre et de chanter le «Ô Canada» parce qu’on y retrouve les mots: «porter la croix» et «ta valeur de foi trempée». Si vous étiez cohérent, vous interdiriez aux professeurs et à tous vos fonctionnaires de prendre congé à Noël et à Pâques puisque ce sont des fêtes religieuses. Parce que Noël, ce n’est pas la fête du père Noël et Pâques ce n’est pas la fête d’un lapin qui pond des œufs en chocolat (un lapin ne pond pas).

Pourtant, monsieur le ministre, nos enfants ont le droit de savoir que dans chaque paroisse, il y avait ou il y a encore une église, et à quoi elles servent, qu’il y a des diocèses avec un évêque. Nos enfants ont le droit de savoir que Jacques Cartier a planté une croix en arrivant à Gaspé et pourquoi il l’a fait. Que Maisonneuve a fait la même chose sur le mont Royal et pourquoi. Faudrait-il mettre à l’index les dictionnaires dans les bibliothèques scolaires parce qu’elles contiennent le verbe prier?

Monsieur le Ministre, seriez-vous en train de vouloir faire disparaître les départements de théologie de nos universités en pensant que tous ceux et celles qui les fréquentent sont des bandits dangereux?

Seriez-vous assez limité pour accorder un reflet d’une lueur diaphane de crédibilité à ce professeur titulaire qui a exprimé, dans Le Nouvelliste du 11 janvier dernier, sa grande ignorance éloquente de ce qu’est une religion? Il doit être de ceux qui confondent une religion et une secte, et croit probablement qu’une religion doit être privée (ça n’existe pas). Ce monsieur n’a visiblement pas compris que s’il y a eu des gens dans l’histoire qui ont utilisé frauduleusement le motif religieux pour assouvir leur soif de pouvoir, ce n’est pas la faute de la religion. Son raisonnement est comparable à ceux qui pensent que si un enfant grimpe dans un arbre et qu’il se blesse en tombant, il faudrait abattre tous les arbres pour empêcher d’autres accidents.

Justement pour lui, il faudrait, monsieur le Ministre, assurer un enseignement religieux dans nos écoles pour apporter une qualité minimale dans le processus de développement de toute personne équilibrée.

Parce que l’enseignement religieux est un élément vital et essentiel dans tout développement de la personne humaine: sa capacité de croire, de connaître, de développer sa faculté de différencier le bien du mal. Pouvoir reconnaître ce qui est l’origine de ce qui est le bien et le mal sera toujours reconnu par toutes les sociétés organisées. De pouvoir identifier ce qui distingue l’homme de l’animal et surtout de reconnaître les repères sur lesquels les populations mondiales depuis des siècles se distinguent et orientent leur agir; c’est-à-dire la religion.

J’abonde et appuie la réaction de M. Richard Rivard, également publiée dans ces pages, que je considère juste, sensée et beaucoup plus intelligente. Vous devriez en tenir compte.

Pierre Letendre

Nicolet